Le Srīmad Bhāgavatam 

par Sa Divine Grâce
"La science de Dieu"   

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 Sixième Chapitre:
  "Prahlāda instruit ses camarades
de classe démoniaques"
 
Verset 9
Prisonnier de la
vie familiale
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ko gṛheṣu pumān saktam
ātmānam ajitendriyaḥ
sneha-pāśair dṛḍhair baddham
utsaheta vimocitum

 

kaḥ — quel; gṛheṣu — à la vie de famiille; pumān — homme; saktam — très attaché; ātmānam — son être propre,  l'âme; ajita-indriyaḥ — qui n'a pas conquis ses sens; sneha-pāśaiḥ — par les liens de l'affection; dṛḍhaiḥ — très puissants; baddham — pieds et poings liés; utsaheta — est capable; vimocitum — de délivrer du joug de la matière.

 

TRADUCTION

Comment un homme exagérément attaché à la vie de famille en raison de son incapacité à se rendre maître de ses sens, pourrait-il se libérer lui-même? En effet, il est très solidement retenu par les liens d'affection qui l'attachent à sa famille [à sa femme, à ses enfants et aux autres proches].

TENEUR ET PORTEE

Prahlāda Mahārāja formula sa première proposition en ces termes: kaumāra ācaret prājño dharmān bhāgavatān iha -"Celui qui possède une intelligence suffisante doit utiliser la forme humaine dès le début de son existence, autrement dit dès sa plus tendre enfance, pour se livrer à la pratique du service de dévotion et renoncer à toute autre forme d'occupation." Les mots dharmān bhāgavatān se rapportent au principe religieux qui consiste à raviver notre relation avec Dieu, la Personne Suprême. A cet effet, Kṛṣṇa recommande personnellement: sarva-dharmān parityajya mām ekaḿ śaraṇaḿ vraja -"Laisse là tout autre devoir et abandonne-toi à Moi." Vivant dans l'univers matériel, nous nous inventons toutes sortes de devoirs au nom de nombreuses doctrines en "isme", mais notre vrai devoir est de se délivrer du cycle de la naissance et de la mort, de la vieillesse et de la maladie. Pour cela, nous devons tout d'abord nous libérer de la servitude matérielle, et plus particulièrement de la vie de famille. Celle-ci est une sorte de licence accordée aux personnes attachées à la vie matérielle pour qu'elles puissent satisfaire leurs sens suivant certains principes régulateurs. Autrement, il n'est nullement besoin d'embrasser la vie de famille.
 
Avant de devenir gṛhastha, il faut recevoir une formation de brahmacārī et vivre sous la tutelle du guru, dans ce qu'on appelle le guru-kula. Brahmacārī guru-kule vasan dānto guror hitam. (S.B.,7.12.1) Dès le début, le brahmacārī apprend à tout sacrifier pour le guru. Il lui est recommandé de recueillir l'aumône de porte en porte, de s'adresser à toutes les femmes en leur disant "mère", et de remettre à son guru tout ce qu'il peut collecter. De cette manière, il apprend à demeurer maître de ses sens et à tout sacrifier pour son guru. Lorsqu'il est parfaitement entraîné, s'il le désire il peut fonder un foyer. Dès lors, il ne sera pas un gṛhastha ordinaire n'ayant appris qu'à satisfaire ses sens. Le gṛhastha convenablement formé peut graduellement se détacher de la vie de famille et aller vivre dans la forêt pour y devenir de plus en plus éclairé spirituellement avant d'adopter enfin le sannyāsa. Prahlāda Mahārāja expliqua à son père que pour s'affranchir de toute angoisse matérielle, il est recommandé d'aller vivre dans la forêt. Hitvātma-pātaḿ gṛham andha-kūpam: il faut apprendre à renoncer à son foyer, car il s'agit là d'un lieu où l'on s'enfonce graduellement dans les régions les plus ténébreuses de l'existence matérielle. La première recommandation est donc de renoncer à la vie de famille (gṛham andha-kūpam). Cependant, si quelqu'un préfère demeurer dans ce puits sombre parce qu'il n'est pas maître de ses sens, il s'empêtre de plus en plus dans les liens de l'affection qu'il porte à son épouse, à ses enfants, ses serviteurs, sa maison, son argent et ainsi de suite. Un tel homme ne peut se libérer de la servitude de la matière. C'est pourquoi les enfants devraient apprendre dès le début de leur existence à être des brahmacārīs modèles. Il leur sera alors possible de renoncer par la suite à la vie de famille.
 
Pour retourner à Dieu, en sa demeure originelle, on doit être libéré de tout attachement matériel. C'est pourquoi le bhakti-yoga s'identifie au vairāgya-vidyā, cet art grâce auquel nous pouvons nous détourner des plaisirs matériels.
 
vāsudeve bhagavati
bhakti-yogaḥ prayojitaḥ
janayaty āśu vairāgyaḿ
jñānaḿ ca yad ahaitukam
 
"En servant Śrī Kṛṣṇa, le Seigneur Suprême, avec amour et dévotion, on acquiert aussitôt, par grâce, le savoir et le détachement de ce monde." (S.B.,1.2.7) Celui qui pratique le service de dévotion dès le début de son existence accède facilement au vairāgya-vidyā, ou détachement (asakti), et devient jitendriya, c'est-à-dire maître de ses sens. On appelle donc gosvāmī ou svāmī -c'est-à-dire maître des sens- celui qui accomplit parfaitement le service de dévotion. A moins d'être maître de ses sens, nul ne devrait opter pour l'ordre du renoncement, le sannyāsa. Une forte attirance pour les plaisirs des sens est à l'origine du corps matériel. Or, à moins de posséder le parfait savoir, nul ne peut se détacher des plaisirs de ce monde, et tant que l'on n'a pas atteint ce stade, on n'est pas apte à retourner à Dieu, en sa demeure originelle.

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