Publié par BBT

Le Srīmad Bhāgavatam  

par Sa Divine Grâce
A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada

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  Quatrième Chant 
"La création de quatrième ordre"   

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  Troisième Chapitre:
"Discussion entre Siva et Sati" 
Verset 23 
Le niveau de conscience spirituelle
 pure appelé Vasudeva
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sattvaḿ viśuddhaḿ vasudeva-śabditaḿ
yad īyate tatra pumān apāvṛtaḥ
sattve ca tasmin bhagavān vāsudevo
hy adhokṣajo me namasā vidhīyate

 

 

sattvam — la conscience; viśuddham — pure; vasudeva — Vasudeva; śabditam — qui a pour Nom; yat — parce que; īyate — est révélé; tatra — là; pumān — la Personne Suprême; apāvṛtaḥ — sans aucun voile; sattve — dans la conscience; ca — et; tasmin — en cela; bhagavān — Dieu, la Personne Suprêmethe; vāsudevaḥ — Vāsudeva; hi — parce que; adhokṣajaḥ — spirituel et absolu; me — par moi; namasā — par des hommages; vidhīyate — adoré.

 

TRADUCTION
 

(Le seigneur  Shiva dit :)

C'est en pleine conscience de Krishna que je m'emploie continuellement à rendre hommage à Vâsudeva, le Seigneur. La conscience de Krishna est le niveau de conscience pure où la Personne Divine, qui a nom Vâsudeva, Se révèle sans que le moindre voile subsiste.

 

TENEUR ET PORTEE
 


De par sa nature originelle et éternelle, l'être distinct est pur. Asańgo hy ayam puruṣaḥ: les Ecritures védiques enseignent que l' âme spirituelle demeure toujours pure et libre de toute souillure liée aux attachements matériels. L'identification de l'âme au corps résulte d'une méprise. Celui qui est pleinement conscient de Krishna révèle par là qu'il a atteint sa position originelle, pure et naturelle. Cette existence correspond au niveau shuddha-sattva, ce mot indiquant qu'il transcende les gunas. L'existence dite shuddha-sattva se place sous l'action directe de la puissance interne, en sorte qu'à un tel niveau les activités liées à la conscience matérielle prennent fin. Pour donner un exemple, si l'on met du fer au contact du feu jusqu'à le chauffer au rouge, le métal finira par avoir les mêmes effets que le feu, bien qu'il s'agisse pourtant de fer. De même, du cuivre chargé d'électricité agira non plus comme du cuivre mais comme de l'électricité. La Bhagavad-gita confirme également que celui qui sert le Seigneur avec une dévotion sans partage se trouve aussitôt élevé au niveau de pur brahman:
 
                                            mām ca yo 'vyabhicāreṇa
                                               bhakti-yogena sevate
                                              sa guṇān samatītyaitān
                                              brahma-bhūyāya kalpate
                                                                      (BG 14.26)

 
Ainsi, le shuddha-sattva, tel que ce verset le décrit, correspond au niveau spirituel et absolu, aussi dit vâsudeva. Vasudeva est également le nom de la personne qui engendra Krishna. Notre verset explique que l'état de pureté spirituelle a pour nom vâsudeva, car à ce niveau, Vâsudeva, Dieu, la Personne Suprême, Se révèle sans le moindre voile. Pour atteindre au service de dévotion pur et sans mélange, il faut donc observer les principes et les règles du bhakti-yoga sans aspirer à aucun gain matériel, fruit d'actes intéressés ou de spéculations intellectuelles.


Au niveau du service de dévotion pur, le bhakta sert Dieu, la Personne Suprême, par simple sens du devoir, sans le moindre motif personnel et sans qu'aucune condition matérielle ne puisse entraver son service. C'est là ce qu'on appelle le niveau du shuddha-sattva, ou vâsudeva, celui-là même où Krishna, la Personne Suprême, Se révèle dans le coeur du bhakta. Srila Jîva Gosvami l'a trés bien dévrit dans son Bhagavat-sandarbha. Il y explique que le mot aṣṭottara (108) est ajouté au nom du maître spirituel afin d'indiquer qu'il se trouve établi dans le shuddha-sattva, au niveau spirituel et absolu dit vâsudeva. Ce dernier mot a également d'autres sens. Il sert, par exemple, à désigner celui qui est omniprésent; le soleil est aussi appelé vâsudeva-śabditam. Le mot vâsudeva peut donc avoir diverses significations, mais quelque soit le sens dans lequel on l'utilise, Vâsudeva désigne toujours Dieu, la Personne Suprême, que ce soit sous Son aspect omniprésent ou Son aspect "localisé". La Bhagavad-gita enseigne également : vāsudevaḥ sarvam iti: la véritable réalisation spirituelle est celle qui donne de connaître Vâsudeva, le Seigneur Suprême, et de s'abandonner à Lui (BG 7.19) . Le niveau vâsudeva est celui où Se révèle Vâsudeva, la Personne Suprême, et on l'atteint lorsqu'on s'affranchit de la souillure matérielle, et qu'on s'établit dans la pure conscience de Krishna. Cet état est appelé kaivalya, ce qui signifie "pure conscience". Jñānaṁ sāttvikaṁ kaivalyam : celui qui se trouve établi dans le pur savoir spirituel accède ainsi au kaivalya. En conséquence, vâsudeva contient également le sens de kaivalya, mot généralement utilisé par les impersonnalistes. Le kaivalya impersonnel ne correspond pas au stade utlime de la réalisation spirituelle, qui réside plutôt dans le kaivalya propre à la Conscience de Krishna, où l'on réalise Dieu, la Personne Suprême. Celui qui, en état de pureté, écoute, chante et se rappelle les gloires du Seigneur, apprend la science de Krishna, et parvient ainsi à connaître la Personne Suprême. Toutes ces activités s'accomplissent sous l'influence de l'énergie interne du Seigneur.  


Ce verset qualifie également d'apāvṛtaḥ -libre de tout voile- l'action de la puissance interne. Dieu, Son Nom, Sa Forme, Ses Qualités, etc...sont tous de nature spirituelle et transcendent donc la nature matérielle; par suite, il est impossible, par le biais de sens matériels, de comprendre une seule de ces manifestations transcendantales. Mais lorsque, par la pratique du service de dévotion pur ( (hṛṣikeṇa hṛṣikeśa-sevanaṁ bhaktir ucyate [ Cc. Madhya 19.170 ]), les sens retrouvent leur pureté originelle, ils peuvent voir Krishna sans que rien ne Le voile. Mais alors se pose la question suivante: puisqu'en réalité le bhakta possède toujours le même corps, comment peut-il voir Krishna avec ses yeux matériels, même purifiés par le service de dévotion? S'appuyant sur un exemple, Sri Chaitanya explique que le service de dévotion nettoie le miroir du mental (Siksastakam 1) . De même qu'un miroir propre nous renvoie distinctement notre image, il suffit de purifier le miroir du mental pour avoir une conception claire de Dieu, la Personne Suprême. La Bhagavad-gita enseigne, abhyāsa-yoga-yuktena (BG 8.8) : si l'homme s'acquitte de ses devoirs dévotionnels, c'est-à-dire s'il écoute et chante continuellement les gloires de Dieu, sans laisser son mental dévier de ces pratiques, cetasā nānya-gāminā, , il peut réaliser Dieu, la Personne Suprême. Autrement dit, Sri Chaitanya atteste que le bhakti-yoga, commençant par l'écoute et le chant des gloires de Dieu, permet de purifier le coeur et le mental, et par là, de contempler distinctement le visage de Dieu.

 

Siva expliqua que sans cesse, il rendait son hommage à cette Absolue Personne Divine puisqu'il portait toujours en son coeur la conception de Vâsudeva, Dieu, et qu'ainsi le Seigneur Suprême le bénissait de Sa présence. En d'autres termes, Siva baigne dans une extase continuelle, ou samâdhi. Ce samâdhi ne dépend pas de la volonté du bhakta, mais répond à celle de Vâdudeva, car toute l'énergie interne de Dieu agit sous Son ordre. Bien entendu, l'énergie matérielle agit également sous Sa direction, mais c'est spécifiquement par l'intermédiaire de l'énergie spirituelle que s'exprime Sa volonté directe. Ainsi, c'est par le truchement de Son énergie spirituelle qu'Il Se révèle. La Bhagavad-gita déclare: sambhavāmy ātma-māyayā (BG 4.6 bas de page) , et les mots ātma-māyayā se traduisent par "puissance interne". C'est donc par l'intermédiaire de Sa puissance interne qu'Il Se révèle, et ce, de Son plein gré, lorsque le bhakta a su Lui plaire par son service d'amour absolu. Jamais un bhakta ne sommera le Seigneur de Lui apparaître ou de venir danser devant lui, car il ne lui appartient pas d'agir de la sorte. Il existe nombre de soi-disant bhaktas qui exigent du Seigneur qu'Il vienne danser sous leurs yeux; mais le Seigneur n'est sous les ordres de personne. Au contraire, Il ne Se révèlera que lorsque Son dévot L'aura comblé par ses actes de pure dévotion. D'où l'importance, dans ce verset, du mot adhoksaja, puiqu'il indique que nous efforts en vue de réaliser Dieu, la Personne Suprême, par l'entremise de nos sens matériels ou de la spéculation intellectuelle sont voués à l'échec. Toutefois, celui qui en a le désir peut mettre fin aux activités matérielles de ses sens, et le Seigneur, Lui, en manifestant Son énergie spirituelle, peut alors Se révéler à Son pur dévot. Celui-ci n'a désormais qu'un seul devoir: Lui rendre son humble hommage. C'est sous Sa Forme spirituelle que la Vérité Absolue Se révèle à Son dévot. Vâsudeva, le Seigneur, n'est pas sans forme, puisque ce verset mentionne que dès que le Seigneur Se révèle, le bhakta Lui rend son hommage. Or, un hommage ne s'adresse qu'à une personne, et non à quelque chose d'impersonnel. On ne doit donc pas souscrire à l'interprétation Māyāvāda, selon laquelle Vâsudeva serait impersonnel. La Bhagavad-gita enseigne la voie de l'abandon, ou prapadyate; or, c'est à une personne que l'on s'abandonne, et non pas à un absolu impersonnel. La notion même d'abandon ou d'adoration implique nécessairement qu'il existe un objet de cet abandon ou de cette adoration.

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