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           SUITE   de 

"Apprendre à maîtriser les six impulsions des sens n° 1"


(1) Lorsque nous parlons de "tentations du verbe", nous nous référons aux vaines paroles, comme en profèrent les philosophes impersonnalistes, ou mayavadis, ceux qu'absorbe l'action intéressée ( qu'on nomme techniquement karma-kanda), ou encore les matérialistes, dont le seul désir est le plaisir sans restriction aucune. Leurs dires et leurs écrits à tous sont l'expression concrète de ce que nous entendons par "tentations du verbe". Nombreuses les inepties proférées par l'homme et nombreux les vains ouvrages; or il s'agit là d'autant de fruits, d'efforts, portant à satisfaire les tentations du verbe.

Pour pouvoir vaincre ces tendances, il nous faut faire de Krishna l'Objet de nos paroles. On lit dans le Srimad-Bhagavatam :

Les mots qui point ne dépeignent les gloires du Seigneur, lesquelles suffisent à rendre pure l'atmosphère des trois mondes, pour les saints hommes ne valent guère plus que pèlerinages aux corbeaux. Les êtres parfaitement accomplis, parce qu'ils habitent le monde spirituel, n'y trouvent aucun plaisir.   SB 1.5.10

Et dans le verset suivant :

D'autre part, les ouvrages où l'on trouve abondamment décrites les gloires absolues du Nom, de la Renommée, de la Forme et des Divertissements du Seigneur Suprême et Infini, sont d'inspiration purement spirituelle, et les mots sublimes qui en remplissent les pages ont vocation de révolutionner les habitudes impies des cultures égarées de ce monde. Même si la lettre de ces Ecrits comporte des irrégularités, ils demeurent écoutés, chantés et accueillis par tous les hommes purs qu'anime une profonde intégrité.    SB 1.5.11

 

La conclusion en est que nous ne pourrons éviter les vains et ineptes propos à moins de parler du service de dévotion offert au Seigneur Suprême. Ainsi devons-nous toujours nous efforcer d'user de la parole dans le seul but de réaliser la conscience de Krishna


(2) Pour ce qui est des agitations, ou "sollicitations", du mental vacillant, elles se divisent en deux groupes:

a) Les attachements non maîtrisés (avirodha priti)
b) Les accès de colère nés de la frustration (virodha-yukta-krodha).


a) Adhérence à la philosophie mayavada, la foi en les fruits de l'action intéressée - qu'ont les karma-vadis (voir karmi 2) - et dans la réussite de divers projets échafaudés sur des désirs matériels, voilà autant de manifestations de l'avirodha-priti.
b) Les jñānis, les karmis et les "échafaudeurs de projets" attirent facilement sur eux l'attention des âmes conditionnées, mais dès que ces matérialistes voient leurs plans s'écrouler, leurs efforts aboutir à l'échec, ils se laissent envahir par la colère. Car, la frustration des désirs matériels engendrent aussitôt la colère.

 
(3) Les exigences du corps, quant à elles, peuvent se diviser en trois groupes: les impulsions de la langue, de l'estomac et de l'appareil génital. On remarquera que ces trois sources de désir se situent sur une même ligne dans le corps, et que c'est la langue qui provoque les premiers désirs du corps. Si donc, nous pouvons la discipliner, en ne lui laissant goûter que du prasadam, les exigences de l'estomac et des organes génitaux seront également maîtrisées par contre coup. Srila Bhaktivinoda Thakura dit à cet effet

 
śarīra avidyā jāla, jaḍendriya tāhe kāla,
jīve phele viṣaya-sāgare 
tā'ra madhye jihvā ati, lobhamāyā sudurmati,
tā'ke jetā kaṭhina saḿsāre
kṛṣṇa baḍa dayāmaya, karibāre jihvā jaya,
sva-prasāda-anna dila bhāi
sei annāmṛta khāo, rādhā-kṛṣṇa-guṇa gāo,
preme ḍāka caitanya-nitāi


 "Le corps matériel n'est qu'ignorance, ô Seigneur, et les sens forment un réseau de sentiers qui mènent à la mort. Pour une raison ou pour une autre, nous sommes tombés dans cet océan de la jouissance matérielle ; or, de tous les organes des sens, la langue est la plus vorace et la plus difficile à maîtriser. Mais Tu fais montre, ô Krishna, d'une grande bonté envers nous, car Tu nous donnes, pour en venir maître, ce délicieux prasadam, cette nourriture consacrée. Prenons donc de ce prasadam à notre entière satisfaction, rendons gloire à Leurs grâces Sri Sri Radha et Krishna, et invoquons avec amour l'aide de Sri Chaitanya et de Prabhu Nityananda."

Il existe six sortes de saveurs (rasas), et il suffira que l'une d'entre elles agite l'être pour qu'il devienne aussitôt soumis aux impulsions de la langue. Certains sont attirés par la viande, le poisson, les crustacés, les oeufs, etc..: "aliments" produits à partir de semen et de sang, et consommés sous forme de cadavres. D'autres se sentent plutôt enclins à savourer légumes, plantes comestibles diverses et produits laitiers, mais toujours pour l'unique satisfaction de leur langue. Par contre, l'homme conscient de Krishna doit éviter toute habitude alimentaire centrée sur le seul plaisir des sens. Quant aux épices comme le piment rouge et le tamarin, il doit en faire un usage modéré, et doit complètement rejeter le harikari (myrobolan), la noix de bétel, le pan et diverses épices utilisées dans sa préparation, le LSD, la marijuana, l'opium, le tabac, l'alcool, le café et le thé, tous destinés à satisfaire des désirs illicites. Si nous prenons l'habitude de n'accepter que les reliefs de la nourriture offerte à Krishna, nous pourrons secouer le joug oppressant de māyā. Les légumes, céréales, fruits et produits laitiers, de même que l'eau, sont tout à fait propres à être offerts au Seigneur: c'est ce qu'à Lui-même enseigné Sri Krishna. Toutefois, n'accepter le prasada que pour sa saveur - ce qui conduit à en consommer trop -, c'est également devenir victime des exigences de la langue. Sri Chaitanya Mahaprabhu nous a enseigné d'éviter les mets hautement savoureux, s'agirait-il de prasada:

bhāla nā khāibe āra bhāla nā paribe
"Ne portez pas de vêtements somptueux et tenez-vous à l'écart des aliments délectables." 
                       (C.c Antya 6. 236)

On devient également prisonnier des impulsions de la langue si l'on offre à la Murti des mets succulents avec l'intention de s'en régaler par la suite. De même, si l'on accepte l'invitation d'un homme riche dans l'idée de se voir offrir d'appétissantes nourritures. Le Chaitanya-caritamrta enseigne:

jihvāra lālase yei iti-uti dhāya
śiśnodara-parāyaṇa kṛṣṇa nāhi pāya

"Celui qui court de ça de là, en quête du seul plaisir de sa langue, et demeure attaché aux impulsions de son estomac et de ses organes génitaux, celui-là ne peut atteindre Krishna." 
                           (C.c Antya 6.227)

La langue, l'estomac et les organes de reproduction se trouve, nous l'avons vu, sur une même ligne dans le corps, et étroitement liés. Ceux-là qui souffrent de maladies de l'estomac n'ont certes pas pu en maîtriser les demandes. Dès qu'on en vient à manger plus que nécessaire, la vie se grève de toute une suite de désagréments. Si, au contraire, nous observons les jours de jeûnes, tel l'ekadasi et le janmastami, bientôt les exigences de l'estomac se réduiront.

 Quant aux impulsions des organes génitaux, elles se divisent en deux ordres: celles qui sont recevables et celles qui ne le sont pas, respectivement liées aux rapports sexuels licites et illicites. L'homme, s'il est réfléchi, peut se marier selon les règles établies par les sastras et user de ses organes reproducteurs en vue d'engendrer de bons enfants. Voilà ce qu'on entend par acte sexuel licite, en accord avec les principes de la religion. Dans toute autre hypothèse, il s'efforcera, par toutes sortes de moyens, d'obéir aux exigences de ses organes génitaux, sans retenue aucune. Que par suite l'être se livre à des activités sexuelles illicites, telles que les définissent les sastras, c'est-à-dire par la pensée, en faisant le projet, ou l'objet de notre conversation, en accomplissant l'acte en lui-même ou en stimulant les organes génitaux par des moyens artificiels, le voilà aussitôt dans les griffes de māyā. Ces enseignements ne sont pas destinés aux seuls grihasthas, mais aussi aux tyagis, ou ceux qui ont embrassé l'ordre du renoncement. A cet égard, Sri Jagadânanda Pandita écrit, dans le septième chapitre de son Prema-vivarta

vairāgī bhāi grāmya-kathā nā śunibe kāne
grāmya-vārtā nā kahibe yabe milibe āne
svapane o nā kara bhāi strī-sambhāṣaṇa
gṛhe strī chāḍiyā bhāi āsiyācha vana
yadi cāha praṇaya rākhite gaurāńgera sane
choṭa haridāsera kathā thāke yena mane
bhāla nā khāibe āra bhāla nā paribe
hṛdayete rādhā-kṛṣṇa sarvadā sevibe


"O mon frère, tu as pris l'ordre du renoncement, et ne dois donc prêter l'oreille à nul propos matériel, ni débattre des choses temporelles. Ne pense pas aux femmes, ne serait-ce qu'en rêve, car tu as embrassé l'ordre du renoncement (sannyasa) et prononcé le voeu qui t'interdit tout rapport avec elles. Aspirant à vivre en compagnie de Chaitanya Mahaprabhu, tu dois toujours garder souvenir de l'histoire de Chota Haridasa (1) , de la manière dont le Seigneur banni de Sa présence. Ne te nourris pas de mets savoureux ni ne te couvre de somptueux vêtements; reste toujours humble et sers Leurs Grâces Sri Sri Radha et Krishna du plus profond de ton coeur."

En conclusion, celui qui peut maîtriser ces six facteurs - le verbe, le mental, la colère, la langue, l'estomac et les organes génitaux - mérite le nom de "svāmī", ou "gosvāmī". Svāmī signifie maître, et go-svāmī maître des sens. Celui qui prend le sannyāsa se voit dès lors attribué le titre de svāmī. Ce n'est pas pour signifier qu'il est le maître de sa famille, de la communauté à laquelle il appartient ou de sa nation, mais bien de ses propres sens. S'il n'a maîtrisé ses sens, nul ne doit être appelé gosvāmī; mais plutôt godāsa, serviteur de ses sens. Marchant sur les traces des six Gosvāmīs de Vrindavana, tout svāmī ou gosvāmī doit pleinement s'absorber dans le service d'amour sublime du Seigneur. Les godāsas, au contraire, servent leurs propres sens ou la nature matérielle; ce sont là leurs seules occupations. Prahlāda Māhārāja décrit encore les godāsas comme adānta-go, mot signifiant que leurs sens ne sont pas maîtrisés. Un adānta-go ne peut devenir un serviteur de Krishna. Les paroles exactes de Prahlāda Mahārāja, telles que les rapporte le Srimad-Bhagavatam, sont les suivantes:

matir na kṛṣṇe parataḥ svato vā
mitho 'bhipadyeta gṛha-vratānām
adānta-gobhir viśatāḿ tamisraḿ
punaḥ punaś carvita-carvaṇānām
 

"Du fait qu'ils ne sont pas maîtres de leurs sens, ceux qui sont exagérément attachés à l'existence matérielle marchent vers des conditions de vie infernales et mâchent sans fin ce qui a déjà été mâché. Jamais ils ne développent en eux une attirance pour Krishna, que ce soit à la faveur d'enseignements reçus d'autrui, par leurs propres efforts, ou par une combinaison des deux."  Srimad Bhagavatam [7.5.30]

(1) Le Chaitanya-caritamrita conte l'histoire de Chota Haridasa qui fut banni de l'entourage du Seigneur Chaitanya  pour avoir, alors qu'il avait adopté l'ordre du renoncement (le sannyasa),  regardé une femme avec convoitise. Chota Haridasa ne pouvant supporter de vivre sans le Seigneur se suicida mais il atteignit, par la miséricorde du Seigneur,  une forme spirituelle et chantait pour Son plaisir.

 

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