Publié par BBT

  La Bhagavad-gita telle qu'elle est  

 

     Par Sa Divine Grâce
_______________________ 
Chapitre 12
Verset 5 
Difficulté 
de la voie impersonnelle
_____________________
 
 
kleśo 'dhikataras tesām
avyaktāsakta-cetasām
avyaktā hi gatir duhkham
dehavadbhir avāpyate

 


kleśah — difficulté; adhika-tarah -  plus pénible; tesām — d'eux; avyakta — non manifesté; āsakta — étant attachés; cetasām — de ceux dont le mental; avyaktā — non manifesté; hi — certes;gatih -  le progrès; duhkham — avec difficulté; deha-vadbhih - des êtres incarnés - avāpyate — atteignent  .

 

TRADUCTION

Pour eux, cependant, dont le mental se lie au non-manifesté, à l'aspect impersonnel de l'Absolu, le progrès sera fort pénible. Avancer par cette voie est toujours difficile pour l'être incarné.

TENEUR ET PORTEE

 

Le spiritualiste qui se voue à l'aspect impersonnel, inconcevable et non manifesté du Seigneur Suprême, est le jnana-yogi, et celui qui vit tout entier dans la conscience de Krsna, qui sert le Seigneur avec amour et dévotion, est le bhakti-yogi. La différence entre les deux se manifeste ici de façon tranchante: la voie du jnana-yogi, bien qu'elle conduise finalement au même but, est fort épineuse, tandis que la voie du bhakti-yoga (servir directement le Seigneur Suprême) est infiniment plus aisée et naturelle pour l'âme incarnée. L'âme conditionnée est incarnée depuis des temps immémoriaux, et il lui est très difficile de comprendre sur une base purement théorique qu'elle se distingue du corps matériel. Aussi, le bhakti-yogi adore Krsna dans Sa forme arcâ, celle-ci lui permettant d'appliquer justement la conception corporelle qu'il a de toute personne réelle. Il va sans dire que l'adoration du Seigneur Suprême sous Sa forme de murti n'est pas une pratique idolâtre. Les Ecritures védiques précisent que le culte de Dieu peut être saguna ou nirguna, selon que l'on voit le Seigneur avec ou sans Ses Attributs. L'adoration de la murti est saguna, car le Seigneur y est représenté à l'aide d'éléments matériels. Toutefois, la Forme du Seigneur n'est pas matérielle, même si elle est représentée dans le bois, la pierre ou la peinture à l'huile. Telle est la nature absolue du Seigneur Suprême.

Prenons un exemple, un peu cru, mais fort approprié: une lettre postée dans l'une des boîtes officielles placées à cet effet sur la voie publique parviendra à destination, sans difficulté. Mais il n'en sera pas de même pour une lettre jetée dans une boîte quelconque, ou dans une imitation de boîte à lettres, non reconnue par le bureau des postes. De même, le Seigneur Suprême, Dieu, a Sa représentation autorisée en la murti, ou arca-vigraha, qui est Son incarnation. Or, omniprésent et tout-puissant, Krsna peut, à travers Sa Forme arca, accepter les offrandes de Son dévot, et ainsi faciliter le service que Lui vouent les âmes conditionnées.

Il n'est donc pas difficile, pour un bhakta, d'approcher l'Etre Suprême, immédiatement et directement, alors que ceux qui empruntent la voie de l'impersonnalisme rencontrent maints obstacles. Ils doivent, pour comprendre l'image non manifestée de l'Absolu, étudier les Upanisads et certains autres Ecrits védiques, et donc apprendre la langue sanskrite; mais il leur faut également percevoir l'imperceptible, et enfin, tout ce travail doit être assimilé et réalisé parfaitement, tâche bien ardue pour un homme ordinaire! Le bhakta, lui, engagé dans le service de Krsna, n'a aucun mal à réaliser Dieu, la Personne Suprême, simplement en suivant les instructions d'un maître spirituel authentique, en rendant régulièrement son hommage à la murti, en écoutant les gloires du Seigneur et en faisant honneur aux reliefs de la nourriture qui Lui est offerte. A l'évidence, l'impersonnaliste emprunte inutilement un sentier ardu, d'autant plus qu'il risque de ne jamais parvenir à réaliser la Vérité Absolue, alors que le personnaliste, sans aucun risque, sans peine, sans difficulté, va directement à la Personne Suprême. On trouve, dans le Srimad-Bhagavatam, un passage semblable à notre verset, où l'on apprend que si, au lieu de suivre la voie de la bhakti, au lieu de s'abandonner à Dieu, la Personne Suprême, on épuise sa vie entière à tenter de discerner ce qui est Brahman de ce qui ne l'est pas, on n'y gagne de peines et difficultés. Ce verset conseille donc de ne pas emprunter ce chemin épineux, dont la fin n'est même pas assurée.

L'être vivant est éternellement âme distincte; en cherchant à se fondre dans le Tout absolu, il réalisera peut-être les aspects d'éternité et de connaissance propres à sa nature originelle, mais non pas l'aspect de félicité qui lui est aussi inhérent. Toutefois, ce spiritualiste, versé dans la pratique du jnana-yoga, viendra peut-être un jour, par la grâce d'un bhakta au service de dévotion, au bhakti-yoga. Mais alors, sa longue pratique de l'impersonnalisme lui créera de nouveaux problèmes, dans la mesure où il ne parviendra que difficilement à se défaire de cette fausse conception. Ainsi, le non manifesté ne peut offrir que des difficultés à ceux qui s'y attachent, pendant et même après leur recherche. Chaque être est doté d'une indépendance partielle, et peut donc choisir la voie qui lui convient, mais il faut savoir en toute certitude que la voie du non-manifesté est contraire à l'heureuse nature spirituelle de l'âme et qu'il faut donc éviter de la suivre. La conscience de Krsna, impliquant une absorption totale dans le service de Dieu, offre à tous les êtres la meilleure voie. D'autre part, celui qui ignore le service de dévotion court le risque de dévier vers l'athéisme. Comme l'exprime le présent verset, en tout âge, et plus encore dans le nôtre, la méthode de réalisation qui tourne l'attention vers l'inconcevable, le non-manifesté existant au-delà de toute approche des sens, ne doit jamais être encouragée. Le Seigneur, Sri Krsna, la déconseille.

Commenter cet article