par
Jean Varenne
Professeur de sanskrit
et civilisation de l'Inde
à l'Université de Provence
L'Hindouisme classique se fonde sur des Ecritures sacrées, parmi lesquelles les dix-huit grands Puranas occupent une place centrale. Ces vastes
poèmes didactiques, à caractère encyclopédique, donnent un enseignement théologique qui couvre l'ensemble du savoir (veda): cosmogonie, rituel, description du monde, mémoire des siècles
passés, vision du devenir cosmique, yoga, dévotion (bhakti), etc., tout s'y trouve, et tout y est justifié par de multiples récits grâce auxquels les leçons les plus ardues deviennent
aisément accessibles aux fidèles, même de la plus humble origine.
C'est donc à la substance des Puranas que s'alimente la foi des foules indiennes: on les récite dans les temples et les prédicateurs populaires les commentent lors
de ces assemblées dévotes (sankirtana) où l'enseignement débouche sur des chants et des danses à la gloire du Seigneur (Bhagavan).
Or il se trouve que, de tous les Puranas, le plus célèbre est le Bhagavata (le Srimad-Bhagavatam), non seulement parce que sa
forme littéraire est la plus achevée, la plus belle, et de loin, mais aussi, mais surtout, parce que c'est dans ce poème que s'exprime le mieux la doctrine qui fait de Sri Krsna la Personne
Suprême (purusottama), le principe de toutes choses, l'Absolu unique et sans second (advaita-brahman). Tout comme dans la Bhagavad-gita (Srimad-Bhagavad-gita,) le
Seigneur S'y révèle dans la plénitude de Sa majesté: bien plus qu'un avatara de Visnu, Il apparaît aux yeux de tous comme le Dieu unique auquel toute dévotion est due.
La France s'honore d'avoir donné dès le début du XIXe siècle la première traduction du Bhagavata Purana en langue non-indienne. Mais, depuis longtemps
déjà, l'oeuvre du grand Burnouf n'est plus accessible qu'en bibliothèque et c'est pourquoi il faut remercier l'Association Internationale pour la Conscience de Krishna de nous restituer ce texte
considérable, l'un des maîtres-livres de l'humanité. Oeuvre d'ailleurs doublement bénéfique puisqu'à la traduction du texte sanskrit s'ajoute le commentaire magistral qu'en donne, verset après
verset, le Maitre A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, fondateur de la dite Association. Comme il l'avait fait pour la Bhagavad-gita, parue en français en 1975 avec une préface du Professeur
Olivier Lacombe, le Swami prend la peine d'expliquer mot à mot chaque mantra (stance du texte sacré) avant d'en dégager la signification intrinsèque. Ainsi le lecteur peut-il juger sur
pièces de la teneur de l'enseignement du Maître en la confrontant au texte lui-même. Un glossaire détaillé, servant aussi d'index, et des notes achèvent de rendre le travail d'exégèse plus aisé
au lecteur, même profane.
Cet enseignement s'enracine dans celui de Caitanya, ce prophète du Krsnaisme dont la prédication au Bengale et en Orissa, au XVIe siècle, a renouvelé et approfondi
l'antique dévotion à Bhagavan. Srila Prabhupada descend en ligne initiatique directe (vamsa) de Caitanya et de Ses premiers disciples, les fameux Gosvamis: c'est donc un
avantage considérable pour le public français que d'avoir enfin à sa disposition un ensemble de volumes où se manifeste la vitalité de l'un des chemins (pantha) les plus suivis par les
fidèles de l'Hindouisme contemporain.
Souhaitons donc une large diffusion à cette traduction commentée du Bhagavata Purana: ceux qui s'intéressent à l'Inde vivante y trouveront l'authenticité
d'un enseignement spirituel autorisé, tout en ayant accès à l'un des plus beaux poèmes religieux de la Tradition hindoue immémoriale.
(Ce texte a été écrit par Jean Varenne comme préface au Srimad-Bhagavatam des Editions Bhaktivedanta -BBT-.)