Il est donc recommandé aux bhaktas initiés d'observer les principes du Narada-pancaratra en adorant la murti dans le temple. Cette voie
est tout particulièrement conseillée aux bhaktas qui sont chefs de famille et qui ont beaucoup de biens matériels. Un chef de famille riche qui n'utilise pas son argent durement gagné au service
du Seigneur est qualifié d'avare. Il ne s'agit pas de payer des brahmanas
pour qu'ils rendent un culte à la murti. Celui qui n'adore pas personnellement la murti mais qui paie des serviteurs pour le faire en son nom est considéré comme paresseux; le culte qu'il rend à
la murti est artificiel. Un chef de famille vivant dans l'opulence peut rassembler toutes sortes d'objets de culte somptueux pour adorer la murti; aussi le culte de la murti est-il obligatoire
pour un bhakta responsable d'une famille. Notre Mouvement pour la Conscience de
Krsna compte des brahmacaris, des grhasthas, des vanaprasthas et des sannyasis (voir âshramas), mais l'adoration de la murti dans le temple devrait être tout particulièrement accomplie par les chefs de famille. Les brahmacaris peuvent aller prêcher
avec les sannyasis, et les vanaprasthas doivent se préparer à adopter à leur tour l'ordre du renoncement, le sannyasa. Les grhasthas, pour leur part, s'adonnent généralement à des activités
matérielles, et s'ils ne pratiquent pas l'adoration de la murti, leur chute est inévitable, Le culte de la murti se fait suivant des règles et des principes stricts, qui ont pour effet d'assurer
notre constance dans le service de
dévotion. Les grhasthas ont généralement des enfants, et leurs épouses doivent alors s'occuper de ceux-ci, de la même façon que les femmes s'occupent des petits dans une école
maternelle.
Les bhaktas grhasthas doivent adopter la pratique de l'arcana-vidhi, ou culte de la murti, suivant les directives données par le maître
spirituel. Quant aux personnes qui seraient incapables de pratiquer l'adoration de la murti dans le temple, elles doivent suivre la recommandation de l'Agni Purana. Tout chef de famille
qui, en certaines circonstances, ne peut pratiquer l'adoration de la murti, doit au moins assister à cette adoration, ce qui lui permettra de connaître, lui aussi, la réussite. L'objet premier du
culte de la murti est de se maintenir dans un état de propreté et de pureté constantes. Les bhaktas grhasthas devraient être de véritables exemples de propreté.
L'adoration de la murti ainsi que l'écoute et le chant doivent se poursuivre en même temps. C'est
pourquoi chaque mantra est précédé du mot namah. Tous les mantras possèdent des pouvoirs spécifiques, dont les bhaktas grhasthas doivent tirer parti. Il existe de nombreux
mantras précédés du mot namah, mais une personne qui chante ou qui récite le Saint Nom du Seigneur bénéficie des mêmes résultats que si elle avait prononcé le mot namah à de
nombreuses reprises. De fait, en chantant le Saint Nom du Seigneur, on peut parvenir au niveau de l'amour pour Dieu. On peut certes demander pourquoi il est alors nécessaire d'être initié; la
réponse est que même si le chant des Saints Noms suffit à nous faire progresser dans la vie spirituelle jusqu'à atteindre le niveau de l'amour pour Dieu, nous demeurons néanmoins exposés à la
souillure matérielle à cause du corps que nous possédons. En conséquence, un accent tout particulier est mis sur l'arcana-vidhi, et il faut
régulièrement tirer parti autant de la méthode dite bhagavata que de celle dénommée pancaratriki.
L'adoration de la murti peut être soit pure, soit mêlée d' actions intéressés. Pour celui qui est stable, cette adoration est
obligatoire. La célébration de diverses fêtes, comme Sri Janmastami, Rama-navami et Nrisimha-caturdasi, fait également
partie du culte rendu à la murti. En d'autres termes, les bhaktas grhasthas doivent obligatoirement célébrer ces fêtes.
Considérons maintenant les offenses à éviter lorsqu'on pratique l'adoration de la murti. Elles
s'énumèrent comme suit: 1) pénétrer dans le temple avec des chaussures ou en étant porté sur un palanquin; 2) manquer à la célébration des fêtes prescrites;
3) ne pas offrir son hommage en présence de la murti; 4) adresser des prières dans un état impur, sans s'être lavé les mains après avoir mangé;
5) se prosterner en posant une seule main sur le sol; 6) effectuer une marche circulaire directement devant la murti; 7) allonger ses jambes
devant la murti; 8) s'asseoir devant la murti en se tenant les chevilles; 9) se coucher par terre devant la murti; 10) manger devant la murti;
11) mentir devant la murti; 12) s'adresser à quelqu'un à haute voix devant la murti; 13) dire des stupidités devant la murti;
14) pleurer devant la murti; 15) se disputer devant la murti; 16) réprimander quelqu'un devant la murti; 17) témoigner sa
faveur à quelqu'un devant la murti; 18) parler durement devant la murti; 19) se couvrir d'une couverture en laine devant la murti; 20)
blasphémer quelqu'un devant la murti; 21) vénérer quelqu'un d'autre devant la murti; 22) user d'un langage vulgaire devant la murti; 23) lâcher
des vents devant la murti; 24) ne pas adorer la murti avec faste alors qu'on en a les moyens; 25) manger de la nourriture non offerte à la murti;
26) ne pas présenter des fruits frais de saison à la murti; 27) lui offrir de la nourriture ayant déjà été utilisée ou donnée à quelqu'un d'autre (autrement dit,
aucune nourriture ne doit être distribuée à qui que ce soit avant qu'elle ait été offerte à la murti; 28) s'asseoir en tournant le dos à la murti; 29) offrir son
hommage à quelqu'un d'autre devant la murti; 30) ne pas réciter les prières qui conviennent en rendant son hommage au maître spirituel; 31) se glorifier devant
la murti; 32) blasphémer les devas. Il faut bien prendre garde
d'éviter ces trente-deux offenses lorsqu'on pratique l'adoration de la murti.
Le Varaha Purana
mentionne également les offenses suivantes: 1) manger chez un homme riche; 2) pénétrer dans la salle des murtis dans l'obscurité; 3) rendre un
culte à la murti sans observer les principes régulateurs; 4) pénétrer dans le temple sans s'annoncer par le moindre bruit; 5) utiliser de la nourriture qui a été vue par un
chien; 6) rompre le silence pendant qu'on adore la murti; 7) aller faire ses besoins naturels au moment d'adorer la murti; 8) offrir de l'encens
sans offrir de fleurs; 9) offrir à la murti des fleurs défendues; 10) commencer le culte sans s'être lavé les dents; 11) rendre un culte après
avoir eu des rapports sexuels; 12) toucher une lampe, un cadavre, ou une femme au cours de ses menstruations, ou encore porter des vêtements rouges ou bleus, des vêtements
n'ayant pas été lavés, appartenant à une autre personne, ou qui soient sales. D'autres offenses consistent à rendre un culte à la murti après avoir vu un mort, à lâcher des vents devant la murti,
à se mettre en colère devant la murti et à rendre un culte juste après s'être rendu dans un lieu de crémation. Après avoir mangé, il ne faut pas rendre un culte à la murti avant d'avoir digéré sa
nourriture, pas plus qu'il ne faut toucher la murti ou se livrer au moindre culte après avoir consommé de l'huile de carthame ou de l'assafoetida.
On trouve ailleurs la liste des offenses suivantes: 1) s'opposer aux injonctions des Ecritures védiques ou manquer de
respect au Srimad-Bhagavatam en son for intérieur, tout en prétendant extérieurement en accepter les principes; 2) faire connaître des sastras qui diffèrent des
Ecritures védiques; 3) mâcher du pan ou du bétel devant la murti; 4) conserver des fleurs destinées au culte sur une feuille de ricin; 5) adorer
la murti pendant l'après-midi; 6) s'asseoir sur l'autel ou à même le sol pour adorer la murti (sans une natte); 7) toucher la murti avec la main gauche
en la baignant; 8) offrir à la murti une fleur fanée ou ayant déjà été utilisée; 9) cracher tandis qu'on rend un culte à la murti; 10)
se vanter pendant qu'on adore la murti; 11) appliquer le tilaka de travers sur son front; l2) pénétrer dans le temple sans s'être lavé les pieds;
13) offrir à la murti de la nourriture préparée par une personne non initiée; 14) rendre un culte à la murti et lui offrir du bhoga devant une personne non
initiée ou un abhakta; 15) adorer la murti sans rendre un culte aux divinités de Vaikuntha, comme Ganesa; 16) rendre un culte à la murti lorsqu'on transpire;
17) refuser des fleurs ayant été offertes à la murti; 18) prononcer un voeu ou faire un serment par le Saint Nom du Seigneur.
Si quelqu'un commet n'importe laquelle des offenses mentionnées ci-dessus, il doit lire au moins un chapitre de la Bhagavad-gita, ainsi que le
confirme l'Avanti-khanda du Skanda Purana. Une autre injonction dit qu'on peut s'affranchir de toute offense en lisant les mille Noms de Visnu. Toujours dans le Skanda
Purana, cette fois dans le Reva-khanda, il est dit que celui qui récite des prières à tulasi ou en plante une graine s'affranchit également de toute offense. Pareillement, celui qui
adore le salagrama-sila peut se dégager
de toute souillure consécutive à ses offenses. Le Brahmanda Purana enseigne pour sa part que la personne qui adore Visnu, dont les quatre mains portent respectivement une conque, un
disque, une fleur de lotus et une masse d'armes, peut être affranchie des offenses énumérées ci-dessus. L'Adivaraha Purana explique que toute personne coupable d'offenses peut, pour se
racheter, jeûner pendant un jour entier au lieu saint dénommé Saukarava et se baigner ensuite dans le Gange.
En ce qui a trait à l'adoration de la murti, il est parfois prescrit de rendre un culte
mentalement. L'Uttara-khanda du Padma Purana dit à ce propos: "Chacun peut, d'une manière générale, rendre un culte mentalement." Le Gautamiya Tantra ajoute: "Au
sannyasi qui est sans foyer, il est recommandé d'adorer la murti mentalement." Narayana, le Seigneur, explique enfin dans le Narada-pancaratra que l'adoration mentale de la murti est appelée manasa-puja. On peut
s'affranchir des quatre maux de l'existence matérielle grâce à cette méthode. Parfois, cette adoration mentale peut être effectuée de façon indépendante. Selon l'enseignement d'Avirhotra Muni,
l'un des nava-yogendras
-enseignement que nous transmet le Srimad-Bhagavatam-, on peut rendre un culte à la murti en chantant tous les mantras. Les sastras font état de huit
sortes de murtis, parmi lesquelles figure celle formée dans l'esprit. Le Brahma-vaivarta Purana nous rapporte à ce propos l'histoire qui suit: -Il y a de cela bien longtemps, dans la cité
du nom de Pratisthana-pura, vivait un brahmana très pauvre mais innocent, et satisfait de son état. Un jour, il entendit dans une assemblée de brahmanas un exposé concernant la façon d'adorer la
murti dans le temple. Là, il apprit également que la murti peut être adorée en esprit. Par la suite, après s'être baigné dans la rivière Godavari, ce brahmana commença à adorer mentalement la
murti. Il nettoyait le temple en esprit et, se servant de son imagination, recueillait de l'eau de toutes les rivières sacrées dans des récipients d'or et d'argent. Il rassemblait toutes sortes
d'articles précieux pour le culte et adorait la murti en déployant le plus grand faste, en commençant par la baigner et en finissant par lui offrir l' arati. Il éprouvait ainsi un grand bonheur. Au bout de nombreuses années ainsi
passées, il lui arriva un jour de préparer -toujours mentalement- un délicieux riz au lait sucré avec du ghi afin de l'offrir à la murti. Il plaça ce mets dans un récipient d'or et
l'offrit à Krsna, mais au dernier moment il eut l'impression que le riz au lait était encore très chaud et le toucha de son doigt pour s'en assurer. Il ressentit alors sur-le-champ une brûlure
dont il se plaignit. Tandis que notre brahmana souffrait ainsi, Sri Visnu, à
Vaikuntha, esquissa un sourire, et la déesse de la fortune lui demanda
pourquoi Il souriait ainsi. Sri Visnu ordonna alors à Ses serviteurs de Lui amener le brahmana, et ce fut ainsi que ce dernier atteignit la libération dite samipya, qui permet de vivre
auprès du Seigneur Souverain."
7) Dasyam: Servir le Seigneur. La déclaration qui suit concerne le fait d'assister le Seigneur en tant que
serviteur. Après des milliers de vies en ce monde, lorsqu'on en vient à comprendre que l'on est un serviteur éternel de Krsna, on peut délivrer de ce monde d'autres personnes. Si quelqu'un
continue simplement à penser qu'il est le serviteur éternel de Krsna, même sans pratiquer aucune autre forme de service de dévotion, il peut atteindre la perfection; en effet, par ce
simple sentiment, on peut accomplir dans leur ensemble les neuf pratiques dévotionnelles.
8) Sakhyam. En
ce qui concerne l'adoration du Seigneur en tant qu'ami, l' Agastya-samhita déclare que le bhakta pratiquant le service de dévotion par l'intermédiaire du sravanam et du kirtanam désire
parfois contempler le Seigneur en personne, et choisit pour cette raison de vivre dans le temple. Ailleurs, nous trouvons les propos qui suivent: "O Seigneur, Toi qui es la Personne Suprême
et l'ami éternel, bien que Tu sois empli de félicité et de connaissance, Tu T'es fait l'ami des habitants de Vrndavana. O combien ces bhaktas ont de la chance!" Dans cette déclaration, le
mot "ami" indique un amour intense. Par suite, le sentiment d'amitié vaut mieux que la simple attitude de service. Passé le stade du dasya-rasa, le bhakta accepte le Seigneur
Souverain en tant qu'ami. Cela n'a rien d'étonnant, car lorsque le coeur d'un bhakta se purifie, le faste avec lequel il adore la murti diminue à mesure que se manifeste son amour spontané pour
Dieu, la Personne Suprême. A cet égard, Sridhara Svami donne l'exemple de Sridama Vipra, qui se sentait fort obligé et pensait: "Vie après vie, puissé-je être lié à Krsna par ce sentiment
d'amitié."
9) Atma-nivedanam. Ce terme, atma-nivedanam, désigne le stade où, n'ayant plus d'autre motif que celui de servir le Seigneur, on Lui abandonne toute chose et on n'agit plus que pour Sa satisfaction. Un tel bhakta devient comme une vache prise en charge par son maître;
lorsqu'elle a un maître qui s'occupe d'elle, la vache est à l'abri de tout souci quant à sa subsistance. Elle se montre toujours dévouée envers son maître; elle n'agit jamais de façon
indépendante, mais uniquement dans l'intérêt de ce dernier. Ainsi, certains bhaktas estiment que de consacrer leur corps au Seigneur constitue ce qu'on appelle l'atma-nivedanam, alors que, comme
l'enseigne le Bhakti-viveka, d'autres considèrent que ce terme s'applique à l'abandon de l'âme au Seigneur. Les meilleurs exemples d'atma-nivedanam sont ceux donnés par Bali Maharaja et Ambarisa Maharaja. Il arrive également qu'on retrouve cette attitude dans le
comportement de Rukminidevi à Dvaraka.
Guide de prononciation du sanskrit