Par Sa Divine Grâce
A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada
janma karma ca me divyam
evaḿ yo vetti tattvataḥ
tyaktvā dehaḿ punar janma
naiti mām eti so 'rjuna
janma — naissance; karma — activité; ca — aussi ; me — de Mes ; divyam — transcendantales;
evam — ainsi ; yaḥ — quiconque qui ; vetti — connaît; tattvataḥ — en vérité; tyaktvā — laissant de côté; deham — ce corps; punaḥ — encore;
janma — naissance; na — jamais; eti — atteint; mām — à Moi; eti — atteint; saḥ — il; arjuna — O Arjuna.
TRADUCTION
Celui, ô Arjuna, qui
connaît l'absolu de Mon avènement et de Mes Actes n'aura plus à renaître dans l'univers matériel; quittant son corps, il entre dans Mon royaume éternel.
TENEUR ET PORTEE
Nous avons expliqué, dans le sixième verset de ce chapitre,
comment, de Sa demeure spirituelle, le Seigneur descend en ce monde. Quiconque perçoit le caractère absolu de l'avènement du Seigneur s'affranchit aussitôt des chaînes du karma et retourne au royaume de Dieu, immédiatement après avoir
quitté son corps. Il n'est pas facile, pour l' âme conditionné, d'échapper à l'emprise de la matière. Les impersonnalistes et les yogis ne parviennent à la
libération qu'après maintes difficultés, à travers de très nombreuses
existences. Et même alors, leur libération -qui consiste à se fondre dans le Brahman impersonnel, lumière irradiant du Seigneur- est incomplète; ils risquent de revenir en ce monde. Le bhakta, lui, atteint le monde spirituel dès qu'il quitte son corps, simplement parce
qu'il a compris la nature spirituelle et absolue de la Forme et des Actes du Seigneur. Jamais plus il ne se verra forcé de renaître dans l'univers
matériel.
La Brahma-samhita enseigne que le Seigneur Se
manifeste en d'innombrables Formes, lesquelles, bien que diverses et multiples, sont toutes un seul et même Etre: Dieu, la Personne Suprême. Voilà ce qu'il faut saisir avec conviction, même si,
pour les esprits profanes et les philosophes empiriques, une telle idée est inaccessible. Les Vedas ajoutent, eux aussi:
eko devo nitya-līlānurakto bhakta-vyāpī hṛdy antarātmā.
"L'unique Personne Suprême, en d'innombrables Formes spirituelles, échange éternellement des sentiments d'amour avec Ses purs dévots."
Dans le présent verset de la Bhagavad-gita, le Seigneur, en personne,
confirme cette parole des Vedas. Celui qui, tenant compte de la parfaite compétence de Dieu et des Vedas, accepte cette vérité, sans se perdre en de vaines spéculations philosophiques, atteindra
la libération parfaite. C'est là une certitude.
Le mot védique tattvamasi trouve ici sa véritable application: quiconque reconnaît Krsna comme
l'Absolu, et Lui dit: "Tu es ce même Brahman Suprême, Dieu, la Personne Absolue", tranche aussitôt les liens qui le retiennent à la matière et voit son retour à Dieu assuré. En d'autres
termes, celui qui se voue au Seigneur avec une dévotion ardente atteint la perfection. Ce que, de nouveau, confirment les Vedas: on peut se libérer tout entier de l'enchaînement des morts et des
renaissances; il suffit de connaître Dieu, la Personne Suprême. Il n'existe pas d'alternative. Quiconque ne comprend pas que Krsna est Dieu reste prisonnier de l'ignorance. Ce n'est pas en
"léchant l'extérieur du pot de miel", en interprétant à sa façon la Bhagavad-gita, qu'on atteindra la libération. Les philosophes empiriques peuvent jouer un rôle majeur dans le monde,
mais ils demeurent incapables de se libérer de la matière. Orgueilleux à l'extrême, ils devront attendre, pour accéder à la libération, qu'un dévot du Seigneur leur accorde sa miséricorde
immotivée. L'homme doit donc, par la foi et la connaissance, raviver en son coeur la conscience de Krsna, et ainsi atteindre la perfection.