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30 versets-clefs de la
 Bhagavad-gita telle qu'elle est



Par Sa Divine Grâce
A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada
 

Chapitre 9
 
Verset 11

Seuls les sots dénigrent Krishna 
 
avajānanti māḿ mūḍhā
mānuṣīḿ tanum āśritam
paraḿ bhāvam ajānanto
mama bhūta-maheśvaram
 
avajānanti — se moquent; mām — de Moi; mūḍhāḥ — les sots; mānuṣīm — dans une forme humaine; tanum — corps; āśritam — assumant; param — transcendantal; bhāvam — nature; ajānantaḥ — ne sachant pas; mama — Ma; bhūta — tout ce qui est; mahā-īśvaram — le Possesseur Suprême.

TRADUCTION
 
Les sots Me dénigrent lorsque sous la forme humaine Je descends en ce monde. Ils ne savent rien de Ma nature spirituelle et absolue, ni de Ma suprématie totale.
 
TENEUR ET PORTEE
 
 
Les explications données dans les versets précédents ont clairement montré que Krsna, le Seigneur Suprême, Dieu, même s'Il apparaît comme un homme, n'est pas un être ordinaire. La Personne Divine, qui régit la création, le soutien et la destruction de l'entière manifestation matérielle, ne peut évidemment pas être comparée à l'un de nous. Pourtant, nombreux sont les insensés qui considèrent Krsna comme un puissant personnage et rien d'autre. A la vérité, Krsna est Dieu, la Personne Suprême et Originelle, le Seigneur Suprême, comme le confirme la Brahma-samhita (īśvaraḥ paramaḥ kṛṣṇaḥ); Krishna est le Seigneur Suprême. 

Il existe une multitude d' īśvaras, c'est-à-dire d'entités vivantes exerçant, dans certains domaines, un certain pouvoir, et jouissant chacune d'une importance plus ou moins grande. Dans toute administration gouvernementale, en ce monde, on trouvera des fonctionnaires, des secrétaires d'Etat, des ministres, puis un président. Chacun dirige des subordonnés, mais obéit également à des supérieurs. Dans l'univers matériel comme dans le monde spirituel, se trouvent plusieurs "maîtres", mais au sommet, enseigne la Brahma-samhita, est Krsna, le maître absolu (īśvaraḥ paramaḥ kṛṣṇaḥ).

Son Corps est non matériel, éternel, tout de connaissance et de félicité (sac-cid-ananda), nous dit encore la Brahma-samhita. Aucun corps matériel n'est capable des actes merveilleux décrits dans les versets qui précèdent. Des insensés persistent pourtant à dénigrer le Seigneur en Le considérant comme un être humain. A bien des égards, Il en joue le rôle (d'où, ici, le qualificatif de mānuṣīḿ), comme ami d' Arjuna, ou comme homme politique allié des Pandavas dans la Bataille de Kuruksetra, mais Il n'en est certes pas un. Son Corps est en réalité sac-cid-ananda-vigraha, tout de connaissance et de félicité éternelles et absolues. Les Ecritures védiques le répètent:
sac-cid-ānanda-rūpāya kṛṣṇāya
 
"Je rends mon hommage à Krsna, Dieu, la Personne Suprême, qui est la Forme éternelle de connaissance et de félicité."
            (Gopāla-tāpanī Upaniṣad 1.1)
Puis:
tam ekaḿ govindam
 sac-cid-ānanda-vigraham
 
"Tu es Govinda, joie des vaches et des sens de tous les êtres. Ta Forme est spirituelle et absolue, toute d'éternité, de connaissance et de félicité."
                    (Gopāla-tāpanī Upaniṣad 1.35)

Et pourtant, malgré ces qualités du Corps de Krsna, toutes spirituelles, malgré Sa connaissance et Sa félicité totales, de soi-disant érudits et exégètes de la Bhagavad-gita dénigrent encore le Seigneur, qu'ils mettent au rang des hommes. Même s'il a pu, grâce à de bonnes actions antérieures, naître avec une vaste intelligence, le plus savant des érudits, s'il se forge une telle conception du Seigneur, fait preuve d'un pauvre fonds de connaissance, et se mérite ainsi le nom de mudha. Car, seul un sot, ignorant tout de Ses Activités intimes et de Ses diverses énergies, peut prendre Krsna pour un homme ordinaire. Seul un insensé ne connaissant pas Ses Attributs spirituels et absolus, incapable de voir dans Son Corps l'incarnation même de la connaissance et du bonheur parfaits, ignorant que tout Lui appartient et qu'il peut accorder la libération à tous les êtres, peut Le dénigrer de la sorte.

Ils ne comprennent pas non plus que lorsque Dieu, la Personne Suprême, apparaît en ce monde, c'est par Sa puissance interne. A plusieurs reprises, déjà, nous avons expliqué qu'il est maître de l'énergie matérielle. Lui-même déclare que cette énergie, en vérité si puissante, est sous Son contrôle, ajoutant que quiconque s'abandonne à Lui s'affranchit par là même de ce joug. Or, si en s'abandonnant à Krsna, une âme conditionnée peut échapper à l'emprise de l' énergie matérielle, comment peut-on croire que Celui-ci, maître de la création, du soutien et de la destruction de l'univers matériel, possède un corps de matière semblable au nôtre? Pure ineptie! Mais les sots ne peuvent concevoir que Krsna, Dieu, l'Etre Suprême, apparaisse comme un homme ordinaire et soit en même temps maître de l'atome aussi bien que de la gigantesque manifestation de la forme universelle. L'infini comme l'infinitésimal dépassent leur entendement, et ils ne peuvent imaginer qu'un être à l'apparence d'homme puisse contrôler l'un et l'autre, simultanément. Or, non seulement Il les domine, mais en outre, Il vit dégagé de leurs manifestations. Il est clairement établi que par Son inconcevable puissance spirituelle (yogam aisvaram), Il peut diriger de façon simultanée le fini et l'infini, tout en demeurant au-delà des deux. Mais les insensés. Ne peuvent concevoir que Krsna, apparaissant comme un être humain, possède de tels pouvoirs, les purs bhaktas, pour leur part, les Lui reconnaissent pleinement, car ils savent que Krsna est Dieu, la Personne Suprême, et s'abandonnent entièrement à Lui, Le servant avec amour et dévotion dans la conscience de Krsna.

L'apparition du Seigneur sous des dehors d'être humain a fait l'objet de nombreuses controverses entre personnalistes et impersonnalistes. Mais nous pouvons comprendre, à la lumière des textes autorisés nous révélant la science de Dieu, à savoir la Bhagavad-gita et le Srimad-Bhagavatam, que Krsna est Dieu, la Personne Suprême. Il n'est pas un simple mortel, bien que sur Terre, Il en ait joué le rôle. Un passage du Srimad-Bhagavatam où l'on trouve rapportées les questions de grands sages sur les Actes de Krsna, exprime ce fait:
 
kṛtavān kila karmāṇi
saha rāmeṇa keśavaḥ
ati-martyāni bhagavān
gūḍhaḥ kapaṭa-māṇuṣaḥ
 
"Sri Krishna, le Seigneur Suprême,  et Balarâma ont joué le rôle de simples humains; or malgré ces apparences, Ils ont accompli de surhumaines prouesses."
 
 
L'appariton du Seigneur sous une forme humaine égare l'insensé.  Car, nul homme n'aurait pu agir de façon aussi extraordinaire que Lui durant Son séjour sur Terre. Ainsi, lors de Son apparition devant Son père et Sa mère, Vasudeva et Devaki, Il avait quatre bras; et après en avoir été prié par Ses parents, Il prit la forme d'un enfant ordinaire. Comme l'affirme le Srimad-Bhagavatam (10.3.46), babhūva prākṛtaḥ śiśuḥ : Il apparu tel  un enfant ordinaire, un être humain ordinaire. Cette apparence d'être ordinaire est l'un des aspects de Son Corps absolu. Nous trouvons également, cette fois dans le onzième chapitre de la Bhagavad-gita, un passage où Arjuna prie Krsna de lui montrer à nouveau Sa Forme à quatre bras; Krsna répond à sa prière, puis lui montre Sa Forme originelle. Tous ces traits merveilleux appartiennent au Seigneur, ils ne sauraient être le fait d'hommes ordinaires.

Parmi ceux qui dénigrent Krsna, certains, contaminés par la philosophie mayavadi, s'appuient sur le verset suivant (Srimad-Bhagavatam 3.29.21) pour prouver que Krsna n'est qu'un homme ordinaire:
 
Ahaḿ sarveṣu bhūteṣu bhūtātmāvasthitaḥ sadā
 
"Le Suprême est présent en chaque être."
 
Mais plutôt que de suivre la glose de commentateurs non autorisés, qui dénigrent Krsna, voyons quelle explication en donne un achârya vaisnava tel que Jiva Gosvami. Celui-ci nous éclaire en disant que Krsna vit, sous la forme du Paramatma, Son émanation plénière, en tout être, mobile ou immobile. Aussi, ajoute Jiva Gosvami, la dévotion du néophyte qui, d'un côté, adore l'arca-murti, la Forme du Seigneur dans le temple, et de l'autre, manque de respect aux autres entités vivantes, est-elle tout à fait vaine. Les dévots du Seigneur se divisent en trois catégories, et le néophyte se trouve naturellement au niveau le plus bas. Il accorde plus d'attention à la murti dans le temple qu'aux autres bhaktas, et Jiva Gosvami nous prévient qu'une mentalité de ce genre doit être corrigée. Le bhakta doit savoir reconnaître la présence de Krsna dans le coeur de chacun, en tant que le Paramatma, voir en chaque corps le temple du Seigneur Suprême, et donc offrir à tous les corps, demeures du Paramatma, le même respect qu'au temple du Seigneur. Ainsi, chaque être doit être respecté, nul ne doit être négligé.

Beaucoup d'impersonnalistes dénigrent également l'adoration du Seigneur dans le temple. "Si Dieu est partout, disent-ils, pourquoi se limiter à l'adoration dans le temple?" Mais, disons-nous, si Dieu est partout, pourquoi ne serait-Il pas dans le temple, dans la murti.

Personnalistes et impersonnalistes s'opposeront indéfiniment, mais le parfait bhakta, purement conscient de Krsna, sait bien, lui, que Krsna est à la fois unique, en tant que Personne Suprême, et omniprésent, comme le confirme la Brahma-samhita. Bien qu'il réside éternellement en Sa demeure, Goloka Vrndavana, Il est également présent, à travers Ses diverses énergies et Son émanation plénière, dans toutes les parties des mondes matériel et spirituel.

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