Publié par BBT

La Bhagavad-gîtâ telle qu'elle est

par Sa Divine Grâce
A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada
 

Résumé et Etude de Subhananda

CHAPITRE 18



Le parfait renoncement
 


Le dix-huitième chapitre de la Gîtâ résume et conclut simultanément l’enseignement de Krishna. Puisque la Gîtâ insiste sur le renoncement à l’action matérielle (et l’engagement dans l’élévation spirituelle), Arjuna prie Krishna d’expliquer le but du renoncement (tyaga) et de l’ordre du renoncement (sannyasa) (1). En guise de réponse, Krishna répète que le renoncement n’implique pas l’abandon de toute action – chose impossible pour l’âme incarnée – mais bien celui de l’action intéressée pour exécuter son devoir prescrit sans attachement au résultat. Pour ceux qui n’ont pas pratiqué le renoncement, les fruits de l’action (désirable, indésirable et mixte) les guettent après la mort. Mais le renonçant n’aura ni à jouir ni à souffrir de tels fruits. Il est donc affranchi des chaînes du karma (2-12).

Krishna explique ensuite comment agir sans engendrer de conséquences matérielles. Il cite la philosophie du sankhya, qui décrit les cinq facteurs contribuant à l’accomplissement de toute action : le lieu, l’auteur, les sens, l’effort et l’Âme Suprême. Qui se croit seul agissant (sans considérer les autres facteurs, et surtout l’Âme Suprême, la cause finale) baigne dans l’ignorance (et les fruits de ses actes l’enchaînent). Mais quand on agit selon les directives de l’Âme Suprême, sans être motivé par quelque désir personnel, nos actes n’entraînent aucune réaction matérielle. Krishna indique ainsi à Arjuna qu’en agissant selon Ses instructions, ce ne sera pas vraiment lui qui tuera; il n’aura donc pas à subir les conséquences d’un tel acte accompli au cours de la guerre (13-18).

Les trois gunas prédominent dans différents aspects de la psychologie et de l’activité humaine. Le savoir, l’action, les agissants, l’intelligence, la détermination et le bonheur sont de trois ordres, correspondant aux trois gunas. Krishna en donne une analyse systématique (19-40).

Selon les gunas qui nous influencent, on se conformera à une des quatre divisions de la société humaine liée à notre occupation professionnelle : brahmanas (prêtres et enseignants), kshatriyas (soldats et dirigeants), vaishyas (fermiers, commerçants, etc.), et sudras (ouvriers). Énumérant les qualités et les devoirs respectifs de chacune de ces divisions sociales (varnas), Krishna explique qu’en adhérant aux devoirs prescrits par son état ainsi qu’en offrant les fruits de son labeur au Seigneur, on peut atteindre la perfection. En œuvrant selon son devoir social (déterminé par les gunas),l’âme conditionnée peut éventuellement transcender ces influences. Mieux vaut donc pour Arjuna d’agir selon les principes du kshatriya et combattre pour la satisfaction de Krishna (41-48).

Krishna conclut qu’on peut atteindre la plus haute perfection du renoncement en maîtrisant le mental et par le détachement des choses et des plaisirs de ce monde (49).

Krishna explique ensuite l’étape suivante au renoncement : le niveau du Brahman, étape préliminaire de la transcendance. Fondé sur le savoir spirituel, cet état se caractérise par la joie qui résulte de l’affranchissement du désir et de la dualité matériels : « On obtient alors de Me servir avec un amour et une dévotion purs », nous dit Krishna (50-54).


Krishna transmet alors à Arjuna la conclusion de tout Son enseignement : le devoir ultime du jîva consiste à s’abandonner à Lui avec amour et dévotion. Seule la dévotion permet de comprendre Krishna – Dieu, la Personne Suprême et la Vérité Absolue. Cette compréhension ouvre l’accès au Royaume de Dieu (55). Agissant toujours sous Sa protection en pleine conscience de Lui, Son dévot transcende tous les obstacles de l’existence conditionnée pour atteindre le royaume absolu par Sa grâce (56-58). Krishna prévient Arjuna que même s’il ignore Ses instructions et cherche, sous l’emprise de l’illusion, à éviter son devoir, il sera néanmoins contraint de combattre de par son conditionnement de kshatriya (59-60). Réalisant que Krishna est l’Âme Suprême sise dans le cœur, ce maître absolu qui dirige les errances de tous les êtres, Arjuna doit s’abandonner tout entier à Lui pour connaître ainsi la paix et atteindre l’éternelle demeure (61-62). Ayant conseillé à Arjuna de réfléchir mûrement sur ce plus secret des savoirs (l’abandon à Dieu sous Sa forme d’Âme Suprême) (63), Krishna lui révèle « cette part du savoir, la plus secrète », l’instruction suprême, l’essence et la conclusion de la Gîtâ: il faut délaisser toute forme de religion, tout devoir (c'est-à-dire  le karma-yoga, le jñâna-yoga, le dhyâna-yoga, les devoirs socio-religieux liés aux varnas, la réalisation de Brahman et de Paramât, etc.) et s’abandonner simplement à Krishna, en tant que Son pur dévot au sein du service de dévotion – dharma suprême et éternel : « Emplis toujours de Moi ton mental et deviens Mon dévot, offre-Moi ton hommage, voue-Moi ton adoration et certes à Moi tu viendras. Cela, Je te le promets, car tu es Mon ami, infiniment cher. Laisse-là toute  forme de religion, et abandonne-toi simplement à Moi. Toutes les suites de tes fautes, je t'en affranchirai. N’aie nulle crainte. » (65-66).

Au verset suivant, Krishna énonce les qualifications requises pour comprendre la Gîtâ: l’auditeur doit être austère, dévoué, sans envie et engagé à Son service (67). Aucun serviteur n’est plus cher à Krishna que celui, ou celle, qui transmet Son enseignement; une telle personne développera une dévotion pure pour Lui (68-69). Qui étudie la Gîtâ « M’adore par son intelligence » et quiconque l’écoute avec foi est affranchi de toute faute (70-71).

 Krishna demande à Arjuna  afin de s'assurer qu'il a bien assimilé le sense et la portée de la connaissance  qu'Il a délivré toute au long des 18 chapitres de la Bhagavad-gita et de la conclusion qui s'en impose: « As-tu tout écouté d’un mental parfaitement vigilant ? Tes illusions, ton ignorance, sont-elles à présent dissipées ?» Arjuna répond d’un ton assuré : « O cher Krishna,Toi l’Infaillible, mon illusion s’est maintenant évanouie; j’ai, par Ta grâce, recouvré la mémoire. Me voici ferme, affranchi du doute; je suis prêt à agir selon Ta parole. » (72-73)

Dans un bref épilogue, Sañjaya – qui a rapporté le dialogue entier à Dhritarâstra – se réjouit d’avoir entendu cet entretien sacré. Éprouvant une immense joie, il conclut : «Où  que Se trouve Krishna, le maître de tous les yogis, où que se trouve Arjuna, l’archer sublime, là règnent l’opulence, la victoire, la puissance formidable et la moralité. Telle est ma pensée.» (74-78)