Publié par BBT

Le Srîmad Bhâgavatam


 
 

PREMIER   CHANT

Traduction et teneur et portée par
Sa Divine Grâce
A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada

     
  PREMIER  CHAPITRE


  Verset  Deux

 La Religion authentique
  __________________
 

dharmaḥ projjhita-kaitavo 'tra paramo nirmatsarāṇāḿ satāḿ
vedyaḿ vāstavam atra vastu śivadaḿ tāpa-trayonmūlanam
śrīmad-bhāgavate mahā-muni-kṛte kiḿ vā parair īśvaraḥ
sadyo hṛdy avarudhyate 'tra kṛtibhiḥ śuśrūṣubhis tat-kṣaṇāt



dharmaḥ — actes de religion; projjhita — entièrement rejetés; kaitavaḥ — voilés par l'intention d'en retirer quelque fruit; atra — ici; paramaḥ — le plus haut; nirmatsarāṇām — de ceux dont le coeur est parfaitement pur; satām — devots; vedyam — compréhensible; vāstavam — réel; atra — ici; vastu — substance; śivadam — bien-être; tāpa-traya — les trois sortes de souffrances; unmūlanam — qui permet de déraciner; śrīmat — merveilleux; bhāgavate — le Bhāgavata Purāṇa; mahā-muni — le grand sage (Vyāsadeva); kṛte — ayant compilé; kim — quel est; — le besoin; paraiḥ — autres; īśvaraḥ — le Seigneur Suprême; sadyaḥ — aussitôt; hṛdi — dans le coeur; avarudhyate — devient profondément attaché; atra — ici; kṛtibhiḥ — par les hommes vertueux; śuśrūṣubhiḥ — en écoutant bien; tat-kṣaṇāt — sans délai.

 

TRADUCTION
 

 Ce Bhagavata Purana, entièrement opposé à tout acte de religion que motive un quelconque désir matériel, dévoile la vérité la plus haute, accessible aux dévots dont le coeur est pur. Cette vérité la plus haute est la pure réalité, qu'il distingue, pour le bien de tous, de l'illusion, et elle met fin aux trois formes de souffrance. Ce magnifique Bhagavatam, compilé par le grand sage Sri Vyasadeva, suffit en lui-même à conférer la réalisation spirituelle, la réalisation de Dieu, et celui qui écoute son message de manière attentive et soumise s'attache dès lors fermement au Seigneur Suprême.


TENEUR ET PORTEE
 

La religion comporte quatre éléments de base: les actes de piété, l'essor économique, la satisfaction des sens et, finalement, la libération hors des chaînes de la matière. L'irréligion, quant à elle, relève de la barbarie. En fait, la vie humaine véritable commence avec la religion. Manger, dormir, se reproduire, avoir peur et se défendre, ce sont les quatre activités propres à la vie animale, que partage également l'homme. Ce qui distingue l'homme de l'animal est donc cette fonction complémentaire que représente la religion. Sans religion, la vie humaine ne vaut pas mieux que la vie animale. C'est pourquoi on retrouve, dans toute société civilisée, une forme ou une autre de religion, qui vise à réaliser le moi spirituel et s'appuie sur la relation éternelle unissant l'homme à Dieu.
 

Aux niveaux inférieurs de la civilisation humaine existe une lutte constante pour dominer la nature matérielle, une compétition de chaque instant pour satisfaire les sens. Poussé par ce désir, l'homme se tourne bientôt vers la religion et commence par accomplir certains actes pieux, ou diverses cérémonies religieuses, afin d'en retirer quelque bienfait matériel. Mais s'il trouve d'autres moyens d'obtenir ces bienfaits, il délaisse aussitôt toute pratique de piété, comme cela se produit dans la société actuelle. L'homme connaît maintenant la prospérité économique, c'est pourquoi la religion ne l'intéresse plus beaucoup. C'est ainsi que les églises, temples et mosquées sont pratiquement déserts de nos jours. Les gens préfèrent se tourner vers les usines, les boutiques, les cafés et les cinémas plutôt que de fréquenter les lieux de culte construits par leurs pères. Or, cela montre bien que la religion n'est pratiquée le plus souvent qu'en vue de retirer quelque avantage matériel, puisque l'acquisition de richesses est nécessaire à la satisfaction des sens. Mais lorsqu'en retour, on devient frustré dans sa poursuite du plaisir des sens, il arrive alors qu'on emprunte la voie du salut, qu'on cherche à ne plus faire qu'Un avec le Seigneur Suprême. Ces quatre pratiques ne constituent en fin de compte que la recherche de sources diverses pour le plaisir des sens.

Les Vedas recommandent la pratique de telles activités, mais avec certaines restrictions régulatrices, de façon à éviter toute vaine compétition en vue de satisfaire les sens. Mais le Srimad-Bhagavatam se place tout à fait au-delà de ces entreprises sensorielles. Texte purement spirituel, il ne peut être saisi que par les purs dévots du Seigneur, ceux qui transcendent justement toute recherche compétitive de plaisir sensuel. Dans l'Univers matériel, une vive concurrence oppose les animaux entre eux, et, de même, les hommes, les sociétés, les nations. Mais le bhakta s'élève au-dessus de telles rivalités. Il ne jalouse rien de ce que croient posséder les matérialistes, car il est sur la voie du retour à Dieu, auprès de qui la vie est toute d'éternité et de félicité. Les spiritualistes véritables possèdent un coeur pur et ne nourrissent aucune envie. Dans l'Univers matériel, chacun jalouse à la fois tous les autres êtres: de là tant de rivalités. Or, non seulement les sublimes dévots du Seigneur sont affranchis de toute envie matérielle, mais ils souhaitent également le bien de tous et s'efforcent dans ce but d'établir une société sans rivalité, une société qui aurait Dieu pour centre. L'idéal socialiste contemporain d'une société sans rivalité, au premier abord similaire, n'est qu'une forme artificielle, inauthentique, de la même exigence, car dans l'état socialiste, il existe toujours une lutte impitoyable au niveau des dirigeants. Bref, que l'on considère les trois voies d'action recommandées par les Vedas -l' action intéressée accomplie en vue d'atteindre des planètes aux conditions de vie meilleures, le culte des devas pratiqué en vue d'atteindre leurs planètes respectives, et la réalisation de l'aspect impersonnel de la Vérité Absolue en vue de ne plus faire qu'Un avec Elle- ou bien les activités ordinaires de la généralité des hommes, la base de l'existence matérielle reste toujours le plaisir des sens.

L'aspect impersonnel, ou l'aspect Brahman, de la Vérité Absolue n'est pas le plus élevé. Au-delà se trouve encore l'aspect Paramatma, qui est l'aspect "localisé" de la Vérité Absolue, puis l'aspect Bhagavan, qui en constitue l'Aspect personnel. Le Srimad-Bhagavatam nous fait connaître la Vérité Absolue dans Sa Forme personnelle, et se situe par là d'emblée à un stade plus haut que celui visé par tous les écrits impersonnalistes. Il dépasse même les sections, karma-kanda, jñāna-kanda et upâsanâ-kânda des Vedas, car il enseigne l'adoration du Seigneur Suprême, Sri Krsna. La voie du karma-kânda comporte une certaine ambition d'atteindre les planètes édéniques  et ainsi de jouir de plus grands plaisirs matériels; les voies du jnâna-kânda et de l'upâsanâ-kânda se fondent elles aussi sur le principe de l'ambition. Le Srimad-Bhagavatam, quant à lui, parce qu'il est exclusivement centré sur la Vérité Suprême, qui représente la Substance fondamentale, la Racine, ou la Source, de toutes catégories ou manifestations, transcende l'ensemble de ces voies. Par l'étude du Srimad-Bhagavatam, on peut en venir à connaître et la substance -la Vérité Absolue, ou le Seigneur Suprême- et les catégories -c'est-à-dire les diverses émanations de la Vérité Absolue qui constituent toutes des manifestations relatives de l'énergie du Seigneur.

Rien n'est séparé de la Substance fondamentale, mais les diverses énergies, ou catégories, n'en demeurent pas moins distinctes de cette substance. Le concept corrélatif selon lequel tout est simultanément Un et différent ne comporte en fait rien de contradictoire, et le Srimad-Bhagavatam permet de comprendre de manière fort explicite cette philosophie, celle des Vedanta-sutras, qui commencent par le sutra " janmady asya". Ce savoir, qui permet de comprendre que le Seigneur Suprême est à la fois différent et non différent de Ses énergies,(voir achintya bhedabheda tatva)  protège celui qui le possède contre les théories fallacieuses des élucubrateurs qui s'efforcent d'identifier l'énergie à l'Absolu. Une fois en possession de ce savoir, on peut déceler les failles à la fois des concepts moniste et dualiste. Le développement de cette conscience absolue, basée sur la compréhension parfaite de ce que tout est simultanément Un et différent, conduit aussitôt à être affranchi des trois formes de souffrance -celle causée par notre corps et notre mental, celle causée par les autres entités vivantes et celle causée par les puissances naturelles, contre lesquelles nous demeurons impuissants.

Le début du Srimad-Bhagavatam coïncide avec l'abandon que fait le bhakta de son être à la Personne Suprême et Absolue, en pleine conscience du fait qu'il ne fait qu'Un avec l'Absolu, mais en même temps, qu'il occupe par rapport à Lui, éternellement, la position de serviteur. Au niveau matériel, l'être distinct se croit faussement le seigneur et maître de tout ce qui l'entoure, et il doit ainsi subir les attaques répétées des trois formes de souffrance. Mais dès qu'il prend conscience de sa condition véritable, celle de serviteur devant l'Absolu, il s'affranchit de toute souffrance. Aussi longtemps que l'être s'efforce de maîtriser la nature matérielle, il n'a aucune chance de devenir le serviteur de l'Etre Suprême, car le service offert au Seigneur doit l'être en pure conscience de notre identité spirituelle; mais dès qu'il sert ainsi le Seigneur, il s'affranchit de toute difficulté matérielle.

Essentiellement, le Srimad-Bhagavatam est un commentaire personnel que donne Vyasadeva du Vedanta-sutra, un autre de ses ouvrages. Le Srimad-Bhagavatam fut rédigé par lui après qu'il ait atteint la maturité spirituelle, par la grâce de son maître Narada. Sri Vyasadeva est un avatâra, une manifestation authentique de Narayana, le Seigneur Suprême. Il n'est donc pas question de mettre son autorité en doute. Auteur de tous les Textes védiques, il recommande cependant l'étude du Srimad-Bhagavatam de préférence à tout autre. Différents Puranas présentent diverses méthodes par quoi rendre un culte aux devas; mais la particularité du Bhagavata Purana est de ne faire mention que du Seigneur Suprême. Celui-ci constitue en effet le corps total, dont les devas ne représentent que les différents membres, ou organes. Pour celui qui adore directement le Seigneur Suprême, il n'est donc point besoin de rendre un culte aux devas. D'autre part, en conséquence d'une telle adoration, le Seigneur Se fixe aussitôt dans le coeur du bhakta. C'est la raison pour laquelle Sri Caitanya Mahaprabhu a baptisé le Srimad-Bhagavatam du nom de Purana immaculé, le distinguant ainsi de tous les autres Puranas.

La méthode adéquate pour en recevoir le message sublime est de l'écouter d'une oreille soumise. Une attitude de défi, de défiance, ne serait d'aucune aide. Le mot qu'utilise ce verset pour nous lancer sur la bonne piste est susrusu, signifiant que l'on doit être possédé par un grand désir d'entendre ce message. Ce désir sincère constitue la première qualité requise. Moins heureux, certains n'éprouvent nul intérêt à écouter le Srimad-Bhagavatam, car bien que la méthode soit fort simple, on juge parfois son application difficile. Ils trouveront du temps pour les vains bavardages, pour les conversations d'ordre social, politique ou autre, mais lorsqu'on les invite à venir entendre le Srimad-Bhagavatam des lèvres des bhaktas, ils deviennent soudain réticents. Certains autres, lisant par profession le Srimad-Bhagavatam, s'empressent de plonger dans le récit des Divertissements intimes du Seigneur, auxquels ils donnent plus ou moins la valeur de contes érotiques. Mais le Srimad-Bhagavatam doit être étudié depuis le commencement. La méthode est simple, bien que son application soit plus difficile. Le verset qui nous occupe décrit les êtres en mesure d'assimiler cet ouvrage lorsqu'il déclare que l'on se qualifie pour écouter le Srimad-Bhagavatam après avoir accompli de nombreux actes de piété. Et le grand sage Vyasadeva assure tout homme d'intelligence et de jugement qu'il pourra directement réaliser la Personne Suprême par l'écoute du Srimad-Bhagavatam. Ainsi, sans avoir à franchir les diverses étapes de réalisation spirituelle que mentionnent les Vedas, on peut immédiatement s'élever au rang de paramahamsa; il suffit d'accepter de recevoir ce message.

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