Publié par BBT

Le Srīmad Bhāgavatam  
 

par Sa Divine Grâce

  Deuxième Chant 
"La manifestation cosmique" 
  
__________________

 Troisième Chapitre:
"Le service de dévotion pur "  
Verset 10 
Que l'on soit sans désir ou rempli
de désirs il faut adorer Dieu

__________________



akāmaḥ sarva-kāmo vā
mokṣa-kāma udāra-dhīḥ
tīvreṇa bhakti-yogena
yajeta puruṣaḿ param



akāmaḥ — celui qui transcende tout désir matériel; sarva-kāmaḥ — celui que hantent tous les désirs matériels; — ou; mokṣa-kāmaḥ — celui qui aspire à la libération; udāra-dhīḥ — avec une intelligence perçante; tīvreṇa — avec beaucoup de force; bhakti-yogena — par le service de dévotion offert au Seigneur; yajeta — doit adorer; puruṣam — le Seigneur; param — le Tout suprême et absolu.


TRADUCTION

L'homme d'intelligence, qu'il soit rongé de désirs matériels, dénué de tout désir, ou qu'il aspire au salut, doit de tout son être adorer Dieu, le Tout suprême et absolu. 

                                                      TENEUR ET PORTEE

Dans la Bhagavad-gita, Sri Krsna, le Seigneur Souverain, est désigné par le mot purusottama, la Personne Suprême. Lui seul est à même de conférer la libération aux impersonnalistes en les faisant se fondre dans le brahmajyoti, l'éclat lumineux qui émane de Son Corps. Comme les rayons solaires ne sauraient exister sans le soleil lui-même, ce brahmajyoti ne saurait connaître d'existence séparée du Seigneur. Celui qui aspire donc à se fondre dans le brahmajyoti impersonnel et suprême, devra également adorer le Seigneur par la pratique du bhakti-yoga, tel que le recommande ce verset du Srimad-Bhagavatam. Celui-ci fait particulièrement ressortir que le bhakti-yoga représente la voie qui mène à toute perfection. Le chapitre précédent faisait déjà du bhakti-yoga le but final du karma-yoga ainsi que du jñâna-yoga, et ce chapitre enseigne à son tour que le bhakti-yoga marque le but ultime des diverses formes d'adoration consacrées aux devas. Il est donc ici recommandé à tous, même à ceux qui aspirent aux plaisirs matériels ou à se libérer des chaînes de la matière, de se consacrer avec sérieux à cette voie suprême de réalisation spirituelle .

Le mot akâmah indique l'absence de tout désir matériel. Puisque, par nature, l'être distinct fait partie intégrante du Tout suprême et absolu, le purusham pûrnam, il aura pour fonction naturelle de servir l'Etre Suprême, de même que, par nature, les diverses parties de l'organisme ont pour fin de servir le corps entier. L'absence de désir ne se caractérise donc pas par le fait d'être inerte comme une pierre, mais plutôt par le fait d'être conscient de sa véritable position et ainsi de ne rechercher la satisfaction qu'en le Seigneur seul. Dans son Sandarbha, Srila Jîva Gosvami donne l'image suivante de cette absence de désir: bhajanīya-parama-puruṣa-sukha-mātra-sva-sukhatvam, ce qui signifie que l'on doit trouver le bonheur uniquement en celui du Seigneur Suprême. Parfois, cette vérité prend forme d'intuition chez l' âme conditionnée en ce monde matériel, mais cette intuition issue du mental inculte des êtres de faible intelligence se concrétise dans l'altruisme, la philanthropie, le socialisme et le communisme. Cette tendance à vouloir aider les autres en ce monde au niveau d'une famille, d'une collectivité, d'un peuple, d'une société ou de l'humanité tout entière reflète partiellement le sentiment originel de l'âme pure, où celle-ci trouve son propre bonheur dans le bonheur du Seigneur Suprême. Les gopîs de Vraja nous offrent le meilleur exemple de ces admirables sentiments portés au Seigneur. Les gopîs aiment le Seigneur sans rien attendre en retour; voilà la perfection de la mentalité dite akâmah. Alors que le kâma, le désir de trouver sa propre satisfaction, se manifeste pleinement au sein de l'univers matériel, l'akâma, lui, trouve son plein épanouissement dans le monde spirituel.

Vouloir ne plus faire qu'Un avec le Seigneur ou se fondre dans le brahmajyoti peut également se placer sous le signe du kâma, s'il s'agit de vouloir goûter la satisfaction d'être libre de la souffrance engendrée par la matière. Le pur bhakta, lui, n'aspire aucunement à se voir délivré de cette souffrance. Même privé de cette prétendue libération, le pur bhakta ne souhaite que satisfaire le Seigneur. Sous l'influence du kâma, Arjuna refusait de combattre lors de la Bataille de Kuruksetra car il souhaitait épargner les membres de sa famille pour assurer son propre plaisir. Mais, en pur bhakta, il accepta de combattre selon l'ordre du Seigneur, car il comprit enfin que son premier devoir était de sacrifier son plaisir pour celui du Seigneur. C'est ainsi qu'il atteignit l'akâma, la perfection même de l'être parfait.

Quant aux mots udâra-dhîh, ils indiquent celui qui est doté d'une large vision. Ceux qu'habitent les désirs matériels vouent leur adoration à quelques devas mineurs, et c'est bien là ce que la Bhagavad-gita  qualifie de hrta-jñâna, désignant l'intelligence de celui qui a perdu la raison (BG 7.20). Il est impossible d'obtenir quelque bienfait que ce soit d'aucun deva sans que le Seigneur Suprême ne le permette. Aussi, celui qui possède une vision étendue sait reconnaître en le Seigneur la volonté souveraine, fût-ce même pour obtenir des bienfaits matériels. Il en résulte donc qu'il se consacrera directement à l'adoration du Seigneur, même s'il aspire encore au plaisir des sens ou à la libération. Ainsi en va-t-il du devoir de chacun -l'akâma, le sakâma et le moksa-kâma- d'adorer le Seigneur de tout son être, de pratiquer le bhakti-yoga sans y mêler de karma ou de jñâna. Tout comme un rayon de soleil inaltéré possède une grande puissance -d'où le qualificatif tivra-, ainsi en va-t-il de la pratique inaltérée du bhakti-yoga: le chant, l'écoute ainsi que les autres activités dévotionnelles y sont accomplies par ceux qui sont dépourvus d'intérêt personnel.

Commenter cet article