Publié par BBT

Le Srīmad Bhāgavatam  


par Sa Divine Grâce

  Onzième Chant 
"Histoire Générale"   

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 Deuxième Chapitre:
  "Mahārāja Nimi rencontre 
les neuf Yogendras"
 
Verset 42 
La dévotion entraîne le détachement
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bhaktiḥ pareśānubhavo viraktir
anyatra caiṣa trika eka-kālaḥ
prapadyamānasya yathāśnataḥ syus
tuṣṭiḥ puṣṭiḥ kṣud-apāyo 'nu-ghāsam

 


bhaktiḥ — dévotion; para-īśa — de Dieu, la Personne Suprême; anubhavaḥ — perception directe; viraktiḥ — détachement; anyatra — de tout autre chose; ca — et; eṣaḥ — ce; trikaḥ — ; eka-kālaḥ — simultanément; prapadyamānasya — pour celui qui est situé dans le processus de prendre refuge du Seigneur Suprême; yathā — de la même façon que; aśnataḥ — celui qui est en train de manger; syuḥ — ils se produisent; tuṣṭiḥ — satisfaction; puṣṭiḥ —  nourri ; kṣut-apāyaḥ — asouvissement de la faim; anu-ghāsam — de plus en plus avec chaque bouchée.


TRADUCTION


La dévotion, l'expérience directe du Seigneur Suprême, et le détachement du reste-  ces trois phases se produisent simultanément pour celui qui a pris refuge en Dieu, la Personne Suprême, de la même façon qu'avec chaque bouchée une personne qui mange,  éprouve du plaisir, se nourrit et devient rassasier.


TENEUR ET PORTEE


Śrīla Jīva Gosvāmī a expliqué cette analogie de la façon suivante: la Bhakti ou la dévotion, peut être comparéé à tusti (la satisfaction) car tous les deux prennent la forme du plaisir. Pareśanubhava (l'expérience du Seigneur Suprême) et puspi (se nourrir) sont analogues car tous deux soutiennent la vie. Et enfin, virakti (détachement) et kṣud-apāya ( apaisement de la faim) peuvent être comparés car tout deux soulagent de l'avidité et permettent de ressentir śanti, la paix.

Une personne qui est en train de manger, non seulement se désintéresse de toute autre activité, mais aussi, de plus en plus au fur et à mesure qu'elle mange et devient rassasiée, se détache de la nourriture elle-même. D'autre part, selon Srila Jîva Gosvâmî, celui qui fait l'expérience de la Personne de Dieu, Krishna, l'infiniment fascinant, se désintéresse de toute autre chose, autre que Krishna, alors que son attachement pour Krishna lui augmente à chaque instant.

On peut comprendre donc que la beauté et les qualités transcendantales du Seigneur Suprême ne sont pas matérielles, puisque celui qui goûte à la félicité du Seigneur Suprême, ne connaît jamais de lassitude.

L'emploi du mot viraktih dans ce verset est trés significatif. Virakti signifie "détachement" alors que tyâga signifie "renonciation". Selon Srila Bhaktisiddhânta Sarasvatî, le mot renonciation correspond à une situation où l'on désire renoncer à un objet de plaisir. Mais en considérant toute chose comme potentiellement utilisable dans le service du Seigneur Krishna, comme décrit dans le précédent verset (SB 11.2.41) , nul n'est besoin de se préocuper de renonciation, car on utilise tout de façon appropriée dans le service du Seigneur Yukta-vairâgyam ucyate.

L'analogie trés plaisante du bon repas est utilisée dans ce verset. Un homme ayant faim et qui se délecte de délicieuses préparations, n'est aucunement intéressé par ce qui se passe autour de lui. En fait, alors qu'il est pleinement absorbé dans la dégustation de ces mets délicieux , il considère tout autre sujet ou activité comme une véritable perturbation. De la même façon, au fur et à mesure que l'on avance dans la conscience de Krishna, tout ce qui n'est pas relié au service de dévotion à Krishna, est perçu comme d' insupportables perturbations.

Un tel amour de Dieu, concentré, a été décrit dans le Deuxième Chant du Bhâgavatam par les mots tīvreṇa bhakti-yogena yajeta puruṣaḿ param (SB. 2.3.10) .

On ne devrait pas faire un show de renoncer artificiellement au monde matériel; au lieu de cela il faut être éduqué à voir en toute chose, une manifestation de l'opulence de Dieu. Tout comme un matérialiste affamé, immédiatement en voyant une nourriture opulente, désire la porter à sa bouche, un dévot de Krishna avancé, en voyant un objet matériel, devient immédiatement désireux de l'utiliser pour le plaisir de Krishna.

Sans l'avidité spontanée d'engager toute chose dans le service de Krishna, et de s'immerger de plus en plus profondément dans l'océan d'amour pour Krishna, la soi-disante réalisation de Dieu ou les propos inconsistants sur la vie soi-disant religieuse, n'ont pas grand chose à voir avec l'expérience qui consiste à véritablement entrer dans le royaume de Dieu.

Selon Śrīla Viśvanātha Cakravartī Ṭhākura, la voie du bhakti-yoga est si joyeuse et pratique que, même au niveau de la sâdhana-bhakti, dans laquelle on suit les règles et les principes régulateurs sans réelle compréhension supérieure, on peut percevoir le résultat final.

Comme l'affirme Srila Rūpa Gosvāmī    (Bhakti-rasāmṛta-sindhu 1.2.187):

īhā yasya harer dāsye
karmaṇā manasā girā
nikhilāsv apy avasthāsu
jīvan-muktaḥ sa ucyate


Dès que l'on s'abandonne au Seigneur Suprême, Krishna (prapadyamānasya), laissant toutes autres activités (viraktir anyatra ca), on est imédiatement considéré une âme libérée. Le Seigneur Suprême Krishna est tellement miséricordieux que lorsque une personne comprend que la personnalité Krishna est la source de tout et s'abandonne au Seigneur, Krishna personnellement prend soin de lui et lui révèle en son coeur qu'il est sous la pleine protection du Seigneur.

Ainsi, la dévotion, l'expérience directe de la Personne de Dieu, et le détachement de tout autre objet se manifestent même au tout début du bhakti yoga, puisque le bhakti-yoga commence au stade de la libération.

Les autres procédés ont pour but final le salut ou la libération, mais selon la Bhagavad-gîtâ :

sarva-dharmān parityajya
mām ekaḿ śaraṇaḿ vraja
ahaḿ tvāḿ sarva-pā
pebhyo
mokṣayiṣyāmi mā ś
ucaḥ

(Bg 18.66)

Si l'on s'abandonne à Krishna on est immédiatement libéré, et ainsi commence son service dans la position d'un dévot transcendantal, pleinement confiant en la protection du Seigneur.

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SB 11.2.41


               khaḿ vāyum agniḿ salilaḿ mahīḿ ca
                  jyotīḿṣi sattvāni diśo drumādī
n
                sarit-samudrāḿś ca hareḥ
śarīraḿ
              yat kiḿ ca bhūtaḿ praṇamed ananyaḥ

"Un dévot ne devrait jamais percevoir tout ce qui existe comme séparé de Dieu, la Personne Suprême, Krishna. L'éther, le feu, l'air, l'eau, la terre, le soleil et les autres astres, tous les êtres vivants, les directions, les arbres et les plantes, les rivières et les océans - il devrait considérer toute chose comme une émanation de Krishna. Ainsi, voyant tout ce qui existe dans la création comme le corps du Seigneur Suprême, Hari, considérant l'entière création comme une émanation du corps du Seigneur , le dévot devrait offrir à celle-ci ses hommages les plus sincères ."

 

SB 2.3.10


                    akāmaḥ sarva-kāmo vā
                    mokṣa-kāma udāra-dhīḥ
                      tīvreṇa bhakti-yogena
                     yajeta puruṣaḿ param


"L'homme d'intelligence, qu'il soit rongé de désirs matériels, dénué de tout désir, ou qu'il aspire au salut, doit de tout son être adorer Dieu, le Tout suprême et absolu."

 

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