Publié par BBT



Par Sa Divine Grâce

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Chapitre 7
Verset 5 
Quatre sortes d'hommes
ne s'abandonnent pas à Dieu 

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na māṁ duṣkṛtino mūḍhāḥ
prapadyante narādhamāḥ
māyayāpahṛta-jñānā
āsuraṁ bhāvam āśritāḥ

 

na ne pas; mām—à Moi; duṣkṛtinaḥ—mécréants; mūḍhāḥ—insensés; prapadyante—s'abandonnent; narādhamāḥ—les plus bas des hommes; māyayā—par l'énergie illusoire; apahṛta—emportée par l'illusion; jñānāḥ—connaissance; asuram—démoniaque ; bhāvam—nature; āśritāḥ—acceptant.

 

                                                              TRADUCTION

Les sots, les derniers des hommes, ceux dont le savoir est dérobé par l'illusion, les démoniaques, - ces mécréants ne s'abandonnent pas à Moi. 

 

                                                        TENEUR ET PORTEE


La Bhagavad-gita nous enseigne que quiconque s'abandonne aux pieds pareils-au-lotus de Sri Krsna, la Personne Suprême, transcende la rigueur des lois de la nature matérielle. On peut alors se demander pourquoi les érudits, les philosophes, les hommes de science, les chefs d'entreprise, les administrateurs et tous les dirigeants de la société ne le font pas, ne s'abandonnent pas aux pieds pareils-au-lotus de Sri Krsna, Dieu, la Personne Suprême et Toute puissante. Les chefs de l'humanité ont sans cesse cherché, par divers plans, année après année, ou même vie après vie, à se libérer du joug de la nature matérielle et de ses lois intransigeantes, à atteindre la mukti. Pourquoi tant de génies, tant de chefs glorieux, n'ont-ils pas adopté la voie si simple de l'abandon au Seigneur?

La Bhagavad-gita répond qu'il existe bien de véritables chefs de la société, qui sont en même temps des érudits (voir Mahajanas), tel Brahma, Siva, Kapila, les Kumaras, Manu, Vyasa, Devala, Asita, Janaka, Prahlada, Bali  et d'autres, plus récents, comme Madhvacarya, Ramanujacarya, Sri Chaitanya Mahaprabhu, et plusieurs autres encore, tous fervents philosophes, politiciens, hommes de science, éducateurs et administrateurs, et qui se sont effectivement abandonnés aux pieds pareils-au-lotus de la Personne Suprême, le maître tout puissant. Mais il existe également des trompeurs qui, afin d'en tirer quelque avantage matériel, s'attribuent le nom de philosophe, politicien, etc. C'est la raison pour laquelle ils n'acceptent pas de suivre la voie tracée par le Seigneur. N'ayant aucune conception de Dieu, ils fabriquent "leurs propres solutions", ne réussissant ainsi qu'à compliquer leur propre existence et celle des autres, multipliant les problèmes plutôt que de les résoudre. Ils refusent de voir que l'énergie matérielle est très puissante, qu'elle peut résister à tous leurs congrès, commissions et plans athées.

Ces athées, ces "planificateurs", Krsna les désigne dans ce verset par le mot duskrtina, "mécréant", par opposition à krtina, "qui accomplit des actes méritoires". Il ne s'agit pas de nier l'intelligence des matérialistes, car ils réalisent, à leur manière, de grandes choses, et toute réalisation d'envergure requiert de l'intelligence. Mais parce qu'ils font un mauvais usage de cette intelligence en allant à l'encontre de la volonté du Seigneur Suprême, on les nomme duskrtinas, pour montrer combien leur intelligence et leurs efforts sont déviés, fausssés.
 

Toujours dans la Bhagavad-gita nous lisons que l'énergie matérielle agit totalement sous la direction du Seigneur Suprême, qu'elle n'a aucun pouvoir indépendant, mais se meut comme une ombre, intimement liée à son objet. Elle n'en demeure pas moins très puissante, et l'athée, parce qu'il ignore Dieu, n'en peut connaître les lois de fonctionnement, pas plus qu'il ne peut saisir les plans divins du Seigneur. Parce qu'il demeure prisonnier de l'illusion, de la passion et de l'ignorance toutes ses entreprises sont vouées à l'échec, comme le furent jadis celles d' Hiranyakasipu et Ravana, tous deux puissants érudits, philosophes, administrateurs, hommes de science et éducateurs.

On divise les mécréants (duṣkṛtinas) en quatre groupes distincts.


1. Les mudhas, ou ceux qui peinent comme des bêtes de somme, qui souffrent d'inintelligence chronique. Ils veulent jouir seuls du fruit de leurs actes, et ne l'échangeraient pour rien au monde, pas même pour l'Absolu. Ils ont pour symbole l'âne, personnification même de la bêtise. Ce pauvre animal peine jour et nuit, sans trop savoir pour qui. Il se contente d'un peu d'herbe pour tout salaire, dort dans la crainte d'être battu et cherche périodiquement à séduire l'ânesse, qui, à chaque fois, ne manque pas de lui décocher une ruade. Il lui arrive de chanter, ou même de philosopher, mais son braiment a pour seul résultat d'incommoder l'entourage. Telle est la condition de l'insensé qui ignore le but réel de ses actes, qui ignore que l'action, le karma, est pour le sacrifice (yajña), et ne peut donc agir que pour des motifs ridicules.

En général, ceux qui travaillent sans répit pour satisfaire des besoins qu'ils se sont eux-mêmes créés ne veulent pas entendre parler de l'immortalité de l' âme, "ils n'en ont pas le temps". Ces mudhas ne vivent que pour le gain. Pourtant, ils ne jouissent pas même à part entière des bienfaits matériels périssables pour lesquels ils doivent fournir un effort si épuisant. Ils travaillent parfois plusieurs jours et plusieurs nuits sans dormir, se nourrissent mal, souffrent d'indigestion et d'ulcères à l'estomac, entièrement pris par leur service à des faux maîtres. Ignorant leur vrai maître, ils servent stupidement mâyâ. Pour leur malheur, ils ne s'abandonnent jamais au maître absolu, maître de tous les maîtres, et ne prennent pas même le temps de s'enquérir de Lui à des sources autorisées. Comme le porc qui préfère la boue aux douceurs faites de sucre et de ghi, le matérialiste insensé dévore les faits divers à sensation, les magazines tape-à-l'œil et les nouvelles relatives aux fluctuations des énergies matérielles, tandis qu'il néglige entièrement la voie de la spiritualité.

2. Les narādhamas, ou "les plus déchus des hommes" (de nara: homme, et adhama: le plus bas). Parmi les 8 400 000 espèces vivantes, 400 000 sont humaines. Parmi ces dernières, plusieurs sont inférieures, pratiquement non civilisées. Est civilisé l'homme qui se soumet à certains principes, de vie sociale, politique et religieuse. Ceux qui évoluent sur le plan social et politique, mais négligent la spiritualité, méritent le nom de naradhamas. Or, il n'y a pas de vraie religion sans Dieu, puisque le but intrinsèque de toute religion est de connaître la Vérité Absolue et le lien qui nous y relie. Dans la Bhagavad-gita, Dieu, la Personne Suprême, établit clairement qu'Il est cette Vérité Absolue, et que rien ni personne ne Lui est supérieur. L'homme civilisé est donc celui qui se donne pour devoir de raviver sa conscience spirituelle perdue, sa connaissance de la relation qui l'unit à l'Absolu, Sri Krsna, la Personne Suprême et Toute-puissante. Quiconque néglige ce devoir est qualifié de narâdhama. Nous apprenons des Ecritures que l'enfant, dans le sein de la mère, prie Dieu qu'Il le libère de sa condition de fœtus, pénible à l'extrême, et Lui fait la promesse, en retour, de n'adorer que Lui. Il est bien naturel de prier Dieu aux moments difficiles, puisque tous les êtres Lui sont éternellement liés. Mais sous l'influence de mâyâ, de l'énergie illusoire, l'enfant, dès qu'il est libéré du sein de la mère, oublie ses souffrances, et du même coup son sauveur.

Le devoir de ceux qui ont charge de l'enfant sera désormais de réveiller sa conscience divine assoupie. Dans la Manu-smrti, véritable guide de la vie spirituelle, dix méthodes de purification nous sont données, au sein du varnasrama-dharma, pour raviver la conscience de Dieu. Mais aujourd'hui, nul n'observe plus rigoureusement aucun de ces principes, et par suite, la population terrestre, dans sa presque totalité, ne compte plus que des narâdhamas. Et l' énergie matérielle, toute-puissante, rend vaine la science d'une telle civilisation. Dans la perspective de la Bhagavad-gita, le véritable érudit est l'homme qui parvient à voir d'un œil égal à la fois le sage brahmana, la vache, l'éléphant, le chien et le mangeur de chien. Cette vision est celle du pur bhakta.

Sri Nityananda Prabhu, avatâra dans la figure du maître parfait, libéra les frères Jagai et Madhai, les parfaits naradhamas, montrant ainsi que la miséricorde du pur bhakta s'étend même aux plus déchus. Et ce n'est qu'ainsi, par la grâce d'un dévot du Seigneur, que le naradhama, condamné par le Seigneur Lui-même, peut raviver sa conscience spirituelle. Sri Caitanya Mahaprabhu, en préconisant le bhagavata-dharma, l'action dévotionnelle, recommande que l'on écoute avec soumission le message du Seigneur Suprême. Or, la Bhagavad-gita constitue l'essence de ce message, et c'est seulement s'il l'écoute avec soumission que le naradhama peut se libérer; par malheur, les hommes déchus refusent même de lui prêter l'oreille; comment pourraient-ils dès lors s'abandonner à la volonté du Seigneur? En un mot, les naradhamas négligent totalement le premier devoir de l'homme raviver sa conscience spirituelle et renouer le lien qui l'unit à Krsna.

3. Les māyayāpahṛta-jñānās, ou ceux dont la vaste science a été frappée de nullité par l'emprise de l'énergie matérielle. La plupart sont connus comme de grands érudits philosophes, poètes, hommes de lettre ou de science, mais égarés par l' énergie illusoire, ils agissent contre la volonté du Seigneur.

Grand est aujourd'hui leur nombre, et on en trouve même parmi les "spécialistes" de la Bhagavad-gita. En termes irréfutables, la Bhagavad-gita établit que Sri Krsna est Dieu, la Personne Suprême, à nul autre inférieur ou même égal, que l' Ame Suprême sise dans le cœur de chacun est Son émanation plénière, qu'Il est le père de Brahma, des hommes et des êtres en général, l'origine du Brahman impersonnel et du Paramatma, la source de tout ce qui est, qu'enfin tous doivent s'abandonner à Ses pieds pareils-au-lotus. Or, malgré ces évidences, les māyayāpahṛta-jñānās considèrent avec ironie la Personne de Dieu, qu'ils rangent parmi le commun des hommes. Ils ignorent que la forme humaine, cette forme privilégiée, n'est qu'une image de la Forme spirituelle et éternelle du Seigneur Suprême. Il refusent donc de s'abandonner aux pieds pareils-au-lotus de Sri Krsna, et naturellement, d'enseigner ce principe fondamental. Par suite, leurs piètres commentaires de la Bhagavad-gita, et leurs interprétations inauthentiques, aparamparās (1), voilent le sens véritable des textes, ainsi que, du même coup, la compréhension du lecteur.

 4.
Les āsuraṁ bhāvam āśritas, ou les hommes consciemment, délibérément athées et démoniaques. Certains affirment que Dieu ne peut descendre dans l'univers matériel, sans pouvoir dire, naturellement, ce qui L'en empêcherait. D'autres voudraient même qu'Il ait pour origine le Brahman impersonnel, quand la Bhagavad-gita établit nettement le contraire. Envieux du Seigneur Suprême, ils inventent à leur usage personnel des "incarnations" et des "avataras" de toutes sortes, tous plus faux les uns que les autres. Faisant du refus de la Personne Divine le coeur même de leur existence, ils ne peuvent s'abandonner à Sri Krsna, Dieu tel que Le reconnaissent les Ecritures et les grands acharyas.

Sri Yamunacarya Albandru disait:

"0 Seigneur! Malgré le caractère incomparable de Tes Formes, de Tes Attributs, de Tes Actes, malgré toutes les Ecritures qui, sous le signe de la vertu, confirment Ta nature personnelle, et malgré tous les grands sages et érudits de la science spirituelle qui Te reconnaissent eux aussi comme la Personne Suprême, Tu demeures inaccessible aux athées."

C'est pourquoi, en dépit du conseil de toutes les Ecritures comme de tous les grands sages et érudits, les sots, les derniers des hommes, les "penseurs" mystifiés par leurs propres élucubrations, et les athées déclarés, tels que nous les avons décrits dans ces lignes, ne s'abandonnent jamais aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur Suprême.

(1) aparamparās: négligeant le message initial tel que transmis par une filiation spirituelle ( paramparā) remontant aux origines , à Krishna Lui-même.

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