Par Sa Divine Grâce

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Chapitre 13
La prakṛti, le purusa
et la conscience
 
Verset 8-12 
La voie de la connaissance
 et les qualités qui l'incarnent
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(8)

amānitvam adambhitvam

ahiḿsā kṣāntir ārjavam

ācāryopāsanaḿ śaucaḿ

sthairyam ātma-vinigrahaḥ

(9)

indriyārtheṣu vairāgyam

anahańkāra eva ca

janma-mṛtyu-jarā-vyādhi-

duḥkha-doṣānudarśanam

(10)

asaktir anabhiṣvańgaḥ

putra-dāra-gṛhādiṣu

nityaḿ ca sama-cittatvam

iṣṭāniṣṭopapattiṣu

(11)

mayi cānanya-yogena

bhaktir avyabhicāriṇī

vivikta-deśa-sevitvam

aratir jana-saḿsadi

(12)

adhyātma-jñāna-nityatvaḿ

tattva-jñānārtha-darśanam

etaj jñānam iti proktam

ajñānaḿ yad ato 'nyathā




amānitvam — humilité; adambhitvam — modestie; ahiḿsā — non-violence; kṣāntiḥ — tolérance; ārjavam — simplicité; ācārya-upāsanam — approacher un maître spirituel authentique; śaucam — pureté; sthairyam — constance; ātma-vinigrahaḥ — maîtrise de soi; indriya-artheṣu — en ce qui concerne les sens; vairāgyam — renoncement; anahańkāraḥ — être sans faux égo; eva — certes; ca — aussi; janma — naissance; mṛtyu — mort; jarā; vyādhi — et maladie; duḥkha — souffrance; doṣa — la faute; anudarśanam — observant; asaktiḥ — sans attachement; anabhiṣvańgaḥ — sans contact; putra — pour le fils; dāra — femme; gṛha-ādiṣu — sa maison, etc.; nityam — constant; ca — aussi; sama-cittatvam — equilibre; iṣṭa — le désirable; aniṣṭa — et l'indésirable; upapattiṣumayi —  à Moi; ca — aussi; ananya-yogena — par le service de dévotion sans mélange; bhaktiḥ — dévotion; avyabhicāriṇī — constante; vivikta — solitaire; deśa — endroits; sevitvam — aspirant; aratiḥ — étant sans attachement; jana-saḿsadi — pour les gens en général; adhyātma — ayant trait au soi; jñāna — en connaissance; nityatvam — constance; tattva-jñāna — de la connaissance de la vérité; artha — pour l'objet; darśanam — philosophie; etat — tout ceci; jñānam — connaissance; iti — ainsi; proktam — déclaré; ajñānam — ignorance; yat — ce qui; ataḥ — de ceci; anyathā — autre. — vieillesse — ayant atteint.



TRADUCTION


 

 L'humilité, la modestie, la non-violence, la tolérance, la simplicité, l'acte d'approcher un maître spirituel authentique, la pureté, la constance et la maîtrise de soi; le renoncement aux objets du plaisir des sens, l'affranchissement du faux ego et la claire perception que naissance, maladie, vieillesse et mort sont maux à combattre; le détachement d'avec sa femme, ses enfants, son foyer et ce qui s'y rattache, l'égalité d'esprit en toute situation, agréable ou pénible; la dévotion pure et constante envers Moi, la recherche des lieux solitaires et le détachement des masses, le fait de reconnaître l'importance de la réalisation spirituelle, et la recherche philosophique de la Vérité Absolue, -tel est, Je le déclare, la connaissance  et l'ignorance tout ce qui va contre.



TENEUR ET PORTEE



Cette voie de la connaissance, certains, d'intelligence étroite, la voudraient produite par les interactions des éléments du champ (voir BG 13.1/2), alors qu'elle constitue en fait la seule voie véritable de connaissance qui permet à celui qui l'adopte d'approcher la Vérité Absolue. Non seulement elle n'est pas prise dans l'interaction des éléments matériels, mais elle constitue le moyen de lui échapper. De tous les éléments qui décrivent la voie du savoir, la première ligne du verset onze donne le plus important: mayi cānanya-yogena bhaktir avyabhicāriṇī la voie de la connaissance conduit finalement au service de dévotion pur offert au Seigneur. Si nous n'atteignons, ou ne pouvons atteindre ce service de dévotion absolu, par-delà la matière, les dix-huit autres éléments ne nous seront d'aucune aide réelle. D'autre part, il suffit d'adopter le service de dévotion en pleine conscience de Krsna pour qu'ils se développent naturellement en nous. Et dans tous les cas, le principe énoncé au verset huit, concernant l'acceptation d'un maître spirituel, est essentiel; il est primordial même pour celui qui adopte la voie de la dévotion, car la vie spirituelle ne commence vraiment qu'avec l'application de ce principe, d'accepter un maître spirituel. Dieu, la Personne Suprême, Sri Krsna, établit clairement ici que cette voie du savoir est la vraie voie; toute élucubration, tout ce qui s'en écarte, n'est qu'ineptie.


Les éléments que mentionne ce verset comme constitutifs du savoir peuvent s'expliquer comme suit:


Par humilité, il faut entendre l'état dans lequel on est libre du désir de se voir honoré par autrui. La conception matérielle de la vie nous rend toujours anxieux de voir autrui nous offrir des honneurs, mais pour l'homme de connaissance, qui se sait distinct du corps, honneur ou déshonneur sont également vains, comme tout ce qui se rapporte au corps. Il est donc sage de ne pas rechercher ces honneurs matériels, trompeurs.


Modestie; toujours avides de faire voir leur grande piété, souvent les hommes adhèrent, sans comprendre les principes de la religion, à tel ou tel mouvement spirituel. Malgré tous les mérites qu'eux-mêmes s'attribuent, nul d'entre eux n'observe les véritables principes de la religion, de la spiritualité. Or, ces éléments, que nous étudions maintenant, doivent permettre de juger des progrès réels que nous effectuons dans la science spirituelle.


On croit généralement que la non-violence implique seulement de ne pas tuer ou porter atteinte au corps, mais la vraie non-violence consiste surtout à n'être cause d'aucune angoisse pour autrui. En majorité, les hommes, absorbés dans une conception matérielle de la vie, sont prisonniers de l'ignorance, perpétuellement voués aux souffrances de ce monde; si on ne les élève pas jusqu'à la connaissance spirituelle, on fait montre de violence à leur égard. Il faut donc accomplir tout ce qui est en notre pouvoir pour donner à tous la vraie connaissance, de sorte qu'ils deviennent éclairés et puissent se défaire de cet enchaînement matériel. Telle est la véritable non-violence.


La tolérance consiste à savoir supporter les insultes et le déshonneur. Lorsqu'on cherche à cultiver le savoir spirituel, on s'expose au déshonneur et à bien des insultes. Ainsi le veut la nature matérielle. Même Prahlâda Mahârâja, un enfant de cinq ans qui avait déjà entrepris de cultiver le savoir spirituel, se trouva en danger du fait d'un père qui s'opposait violemment à ses sentiments dévotieux. Celui-ci tenta de le tuer par tous les moyens. Cependant, Prahlâda ne cessait pas de montrer envers lui de la tolérance. Ainsi, de nombreux obstacles se dressent sur la voie du progrès spirituel, mais il faut apprendre à être tolérant, à continuer notre marche avec détermination.


Etre simple, c'est être assez franc et direct pour pouvoir, sans détours diplomatiques, dévoiler la vérité pure, fût-ce à un ennemi.


Quant à l'acceptation d'un maître spirituel authentique, d'un achârya, elle est essentielle, car privé de ses instructions, on ne peut progresser dans la science spirituelle. Il faut approcher le maître spirituel en toute humilité, prêt à le servir en tout, de telle sorte qu'il soit heureux d'accorder ses bénédictions à son disciple. Parce qu'il est le représentant de Krsna, la puissance de ses bénédictions est telle qu'en les accordant à son disciple, il lui garantit un progrès immédiat, même si ce dernier n'observe pas les principes régulateurs de la vie spirituelle. Dans le même ordre d'idée, mais d'un point de vue différent, les bénédictions du maître spirituel rendront plus facile l'observance des principes régulateurs pour celui qui, sans réserve, a servi un tel maître.


La pureté est également essentielle au progrès spirituel. Elle comporte deux aspects: externe et interne. Extérieurement, il faut veiller à l'hygiène du corps, par des bains réguliers, et intérieurement, il s'agit de toujours penser à Krsna, de chanter Ses Saints Noms:

hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rama rama hare hare
pour ainsi débarrasser le mental de toute la poussière que le karma y a entassée.


La constance, c'est être solidement déterminé à faire des progrès dans la vie spirituelle. Sans cette détermination, aucun avancement tangible ne peut se manifester.


La maîtrise de soi consiste à rejeter tout ce qui est susceptible de nuire au progrès spirituel. Et le renoncement, le vrai, consiste en la pratique naturelle de cette maîtrise de soi.


Les sens sont si impétueux qu'ils recherchent constamment de nouveaux plaisirs. Refusons de céder à ces demandes, en fait contingentes. Il ne faut satisfaire les sens que dans la mesure où cela est nécessaire pour maintenir le corps en bonne santé, afin de pouvoir remplir son devoir et de progresser dans la vie spirituelle.


Le sens le plus important, et le plus difficile à contrôler, c'est la langue; qu'on la maîtrise, et il deviendra alors parfaitement possible de dominer les autres sens. La langue a deux fonctions: goûter et faire vibrer des sons. Systématiquement, donc, et de façon réglée, il nous faut la maîtriser, en lui donnant à goûter les reliefs de la nourriture offerte à Krsna et en la faisant vibrer du chant du mantra Hare Krsna, sans lui laisser le loisir de s'abandonner à elle-même. Pour ce qui est des yeux, il faut ne leur laisser voir que la Forme fascinante de Krsna; ainsi seront-ils contrôlés. Les oreilles ne devraient entendre que ce qui a trait à Krsna, et le nez ne devrait sentir que le parfum des fleurs offertes à Krsna. Telle est la science du service de dévotion, et l'on peut voir, dans ce verset, que la Bhagavad-gita n'a en réalité pas d'autre objectif que d'enseigner cette science. Certains commentateurs peu sensés tentent de détourner l'attention du lecteur vers d'autres sujets, mais en fait, la Bhagavad-gita ne traite de rien d'autre que du service de dévotion.


Le faux ego se constitue par l'identification de l'être à son corps, mais qui se sait âme spirituelle, distinct du corps, connaît le véritable ego. L'égo est toujours là; on condamne le faux ego, mais pas le véritable égo. Les Textes védiques nous enseignent:

"Je suis brahman, je suis de nature spirituelle."
Ce "je suis", ce "sentiment d'être", cette individualité, continue d'exister même après la libération, et représente l'ego. Si on a une vision juste, réelle du moi, on connaît le véritable ego, mais qu'on reporte sur le corps cette identification du soi, et voilà le faux ego. Certains philosophes nous enjoignent d'abandonner notre ego, mais c'est là chose impossible, puisqu'ego est synonyme d'identité. Ce qu'il faut, en vérité, c'est abandonner toute identification au corps.


Il nous faut également prendre conscience des souffrances auxquelles nous exposent la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort. Dans divers Ecrits védiques, on trouve des descriptions de la naissance. Le Srimad-Bhagavatam, par exemple, dépeint très nettement le monde où vit l'enfant qui n'est pas encore né, son séjour dans la matrice de la mère, ses souffrances ... Il faut bien comprendre à quel point il est pénible de naître; c'est parce que nous oublions les souffrances vécues dans le ventre de la mère que nous ne cherchons pas à nous affranchir du cycle des morts et des renaissances. Toutes sortes de souffrances encore nous attendent au moment de la mort, que décrivent également les Ecritures védiques. Il est bon de discuter ces choses. Quant à la maladie et à la vieillesse, tous en ont l'expérience. Nul ne désire tomber malade, ni vieillir, mais nul, non plus, ne peut l'éviter. A moins d'avoir une vision pessimiste de l'existence matérielle, avec ses naissances et ses morts répétées, la vieillesse et la maladie, on ne connaîtra jamais la stimulation nécessaire au progrès spirituel.


Pour ce qui est du détachement de la famille et du foyer, il ne s'agit pas de réprimer les sentiments naturels que suscitent femme et enfants. Mais quand ceux qui font obstacle au progrès spirituel, mieux vaut s'en détacher. La meilleure voie pour rendre le foyer heureux est la conscience de Krsna. En effet, rendre son foyer heureux devient chose facile pour l'être pleinement conscient de Krsna: il suffit de chanter:

hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rama rama hare hare
d'accepter les reliefs de la nourriture offerte à Krsna, de tenir des discussions sur des Ecrits comme la Bhagavad-gita et le Srimad-Bhagavatam, et de se livrer à l'adoration du Seigneur dans Sa Forme arca. Ces quatre activités apporteront la joie chez celui qui les pratique. Et chacun devrait éduquer les membres de sa famille dans cette voie. Soir et matin, tous peuvent se réunir et chanter:
hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rama rama hare hare
Pour celui qui peut ainsi modeler sa vie familiale, suivant ces quatre principes, en développant la conscience de Krsna, il n'est nul besoin de quitter la famille et de renoncer à tout, d'accepter le sannyâsa. Mais si les attaches familiales font obstacle au progrès spirituel, il ne faut pas hésiter à les trancher. Il faut être prêt, comme Arjuna, à tout sacrifier pour réaliser, ou servir Krsna. Arjuna ne voulait pas tuer les membres de sa famille, mais lorsqu'il comprit que ceux-ci constituaient un obstacle à sa réalisation de Krsna, il suivit Ses instructions et livra la bataille, les extermina tous.


En toutes circonstances, nous devons être détachés des joies et peines de la vie familiale, car il est impossible, en ce monde, d'être parfaitement heureux ou parfaitement malheureux.


Joies et peines vont de pair avec l'existence matérielle. Il faut donc apprendre à les tolérer, comme le recommande la Bhagavad-gita (2.14). Joies et peines arrivent et s'en vont sans qu'on y puisse rien; mieux vaut donc se détacher du matérialisme, et ainsi devenir égal devant les deux. D'ordinaire, nous nous réjouissons grandement lorsqu'un événement désirable survient, et devenons tristes dans le cas contraire. Mais au niveau spirituel, ces diverses conditions cesseront de nous agiter. Pour parvenir à cet état, nous devons devenir inflexibles dans la pratique du service de dévotion; servir Krsna sans écarts signifie adopter les neuf activités dévotionnelles (écouter, glorifier, se rappeler, adorer, offrir des prières... ), telles que les a décrites le dernier verset du neuvième chapitre. Il est important de suivre cette méthode.


Quand on embrasse la vie spirituelle, il devient tout naturellement impensable, "contre nature", qu'on puisse vivre en compagnie de matérialistes. Aussi peut-on se mettre à l'épreuve en déterminant à quel point on désire vivre en un lieu solitaire, loin de tout contact indésirable.


De la même façon, le bhakta perd tout goût pour les sports futiles, le cinéma, les réunions mondaines, les manifestations sociales.... il comprend qu'il n'y a là qu'une simple perte de temps. Bon nombre de chercheurs et de philosophes se penchent aujourd'hui sur divers sujets, comme la vie sexuelle par exemple. Mais la Bhagavad-gita n'accorde aucune valeur à ce genre de recherches, de spéculations, qui relèvent toutes plus ou moins de l'ineptie. Elle nous enjoint au contraire d'orienter nos études vers l'approfondissement, par analyse philosophique, de la nature de l'âme, et de nous efforcer de découvrir ce qui intéresse le moi réel. Telle est la recommandation que nous trouvons ici.


En ce qui touche la réalisation spirituelle, il est clairement établi, ici, qu'avec le bhakti-yoga s'ouvre la plus pratique des voies. Dès qu'il est question de dévotion, on doit nécessairement considérer la relation qui unit l'âme distincte à l'Ame Suprême. En effet, l'âme distincte et l'Ame Suprême ne peuvent être une seule et même personne; cette idée va tout à fait à l'encontre du principe même de la bhakti, de la dévotion. Et c'est une relation de service qui unit l'âme distincte à l'Ame Suprême, relation d'ailleurs éternelle (nitya), comme l'établit clairement la Bhagavad-gita. C'est pourquoi la bhakti, le service de dévotion, est, en elle-même, éternelle. A moins de posséder cette ferme conviction, on perd son temps, et on baigne dans l'ignorance. Le Srimad-Bhagavatam enseigne:

                 Vadanti tat tattva-vidas tattvaḿ yaj jñānam advayam

"Ceux qui connaissent vraiment la Vérité Absolue savent que l'Etre Suprême est réalisé en trois aspects: le Brahman, le Paramâtma et Bhagavan. "

Bhagavan est Dieu, la Personne Suprême, aspect ultime de la Vérité Absolue, le sommet de la réalisation spirituelle qu'il s'agit donc d'atteindre, en servant le Seigneur avec dévotion. Telle est la perfection de la connaissance.


Commençant par l'humilité, pour aboutir à la réalisation de la Vérité Absolue, Dieu, la Personne Suprême, cette voie est comme un escalier. Nombreux sont ceux qui atteignent les premiers paliers, mais si l'on néglige d'aller jusqu'au dernier, qui représente la connaissance de Krsna, on demeurera à un stade de connaissance inférieur. Ajoutons que vouloir rivaliser de grandeur avec Dieu, tout en cherchant à progresser sur la voie spirituelle, ne peut entraîner que frustration. Il est clairement établi que sans humilité, le savoir devient dangereux. Se croire Dieu, par exemple, voilà le comble de l'orgueil. L'entité vivante est constamment ruée de toutes parts par les lois strictes de la nature matérielle, et si elle continue de penser "Je suis Dieu", c'est par pure ignorance. Il faut, au contraire, être humble, et se reconnaître subordonné au Seigneur Suprême, car c'est par rébellion contre Lui que nous devenons esclaves de la nature matérielle. Sachons ces vérités et soyons-en convaincus.

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Le Srīmad Bhāgavatam  

 


par Sa Divine Grâce


  Sixième Chant 
"Les devoirs assignés 
à l'humanité"
   

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 Troisième Chapitre:
"Yamaraja instruit ses messagers"  

Verset
20

Les douzes mahajanas
[représentants de la religion]
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svayambhūr nāradaḥ śambhuḥ

kumāraḥ kapilo manuḥ

prahlādo janako bhīṣmo

balir vaiyāsakir vayam



svayambhūḥ — Le seigneur Brahmā; nāradaḥ — le grand saint Nārada; śambhuḥ — le seigneur Śiva; kumāraḥ — les quatre Kumāras; kapilaḥ —le Seigneur Kapila; manuḥ — Svāyambhuva Manu; prahlādaḥ — Prahlāda Mahārāja; janakaḥ — Janaka Mahārāja; bhīṣmaḥ —  Bhīṣma; baliḥ — Bali Mahārāja; vaiyāsakiḥ — Śukadeva, le fils de Vyāsadeva; vayam — nous.


TRADUCTION


 

Brahmâ, Bhagavân Nârada, Siva, les quatre Kumâras, Kapila [le fils de Devahûti], Svâyambhuva Manu, Prahlâda Mahârâja, Janaka Mahârâja, Bhisma l'aïeul, Bali Mahârâja, Sukadeva Gosvâmî et moi-même connaissons le véritable principe de la religion. 



TENEUR ET PORTEE


Dans la Bhagavad-gita, Sri Krsna définit le bhâgavata-dharma comme le plus secret de tous les principes religieux (sarva-guhyatamam, guhyâd guhyataram). Il dit à Arjuna: "Je t'enseigne la religion la plus secrète, ceci parce que tu es Mon ami très cher." Sarva dharman parityajya mam ekam saranam vraja —"Laisse là toute autre forme de religion, et abandonne-toi simplement à Moi." (BG 18.66) On pourrait se demander à quoi sert ce principe s'il est aussi rarement compris. En guise de réponse, Yamarâja stipule ici qu'il est compréhensible pour quiconque suit la paramparâ de Brahmâ, Siva, des quatre Kumâras ou des autres autorités reconnues en la matière (voir les douze mahâjanas). Il existe quatre lignées de maîtres spirituels, une qui procède de Brahmâ, une autre de Siva, une de Laksmî, la déesse de la fortune, et la dernière des Kumâras. La filiation spirituelle de Brahmâ s'appelle la Brahma-sampradâya, celle de Siva (Sambhu) la Rudra-sampradaya, celle de la déesse de la fortune (Laksmiji) la Sri-sampradâya, et celle des Kumaras la Kumara-sampradâya. Il faut s'en remettre à l'une ou l'autre de ces quatre sampradâyas si l'on désire connaître la plus secrète et la plus profonde de toutes les religions. Le Padma Purana ajoute: sampradaya-vihina ye mantras te nisphala matah —si quelqu'un ne s'affilie pas à l'une des quatre filiations spirituelles reconnues, son mantra ou son initiation n'a aucune valeur. De nos jours, il existe de nombreuses apasampradâyas, c'est-à-dire des sampradâyas inauthentiques n'ayant aucun lien avec des maîtres comme Brahmâ, Siva, les Kumâras ou Laksmî. Ces sampradâyas fourvoient le public. Les sastras stipulent qu'il ne sert strictement à rien d'être initié au sein d'une sampradâya de ce genre car une telle démarche ne saurait permettre à qui que ce soit de comprendre les véritables principes de la religion.
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Le Srīmad Bhāgavatam  

    
par Sa Divine Grâce
A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada undefined
  Quatrième Chant 
"La création de quatrième ordre"   

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  Troisième Chapitre:
"Discussion entre Siva et Sati"  

Verset
 23
 
Le niveau de conscience spirituelle
 pure appelé Vasudeva
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sattvaḿ viśuddhaḿ vasudeva-śabditaḿ
yad īyate tatra pumān apāvṛtaḥ
sattve ca tasmin bhagavān vāsudevo
hy adhokṣajo me namasā vidhīyate

 


sattvam — la conscience; viśuddham — pure; vasudeva — Vasudeva; śabditam — qui a pour Nom; yat — parce que; īyate — est révélé; tatra — là; pumān — la Personne Suprême; apāvṛtaḥ — sans aucun voile; sattve — dans la conscience; ca — et; tasmin — en cela; bhagavān — Dieu, la Personne Suprêmethe; vāsudevaḥ — Vāsudeva; hi — parce que; adhokṣajaḥ — spirituel et absolu; me — par moi; namasā — par des hommages; vidhīyate — adoré.

 



TRADUCTION


C'est en pleine conscience de Krishna que je m'emploie continuellement à rendre hommage à Vâsudeva, le Seigneur. La conscience de Krishna est le niveau de conscience pure où la Personne Divine, qui a nom Vâsudeva, Se révèle sans que le moindre voile subsiste.



TENEUR ET PORTEE


De par sa nature originelle et éternelle, l'être distinct est pur. Asańgo hy ayam puruṣaḥ: les Ecritures védiques enseignent que l' âme spirituelle demeure toujours pure et libre de toute souillure liée aux
attachements matériels. L'identification
de l'âme au corps résulte d'une méprise. Celui qui est pleinement conscient de Krishna révèle par là qu'il a atteint sa position originelle, pure et naturelle. Cette existence correspond au niveau shuddha-sattva, ce mot indiquant qu'il transcende les gunas. L'existence dite shuddha-sattva se place sous l'action directe de la puissance interne, en sorte qu'à un tel niveau les activités liées à la conscience matérielle prennent fin. Pour donner un exemple, si l'on met du fer au contact du feu jusqu'à le chauffer au rouge, le métal finira par avoir les mêmes effets que le feu, bien qu'il s'agisse pourtant de fer. De même, du cuivre chargé d'électricité agira non plus comme du cuivre mais comme de l'électricité. La Bhagavad-gita confirme également que celui qui sert le Seigneur avec une dévotion sans partage se trouve aussitôt élevé au niveau de pur brahman:

 
mām ca yo 'vyabhicāreṇa
bhakti-yogena sevate
sa guṇān samatītyaitān
brahma-bhūyāya kalpate

(BG 14.26)

 


Ainsi, le shuddha-sattva, tel que ce verset le décrit, correspond au niveau spirituel et absolu, aussi dit vâsudeva. Vasudeva est également le nom de la personne qui engendra Krishna. Notre verset explique que l'état de pureté spirituelle a pour nom vâsudeva, car à ce niveau, Vâsudeva, Dieu, la Personne Suprême, Se révèle sans le moindre voile. Pour atteindre au service de dévotion pur et sans mélange, il faut donc observer les principes et les règles du bhakti-yoga sans aspirer à aucun gain matériel, fruit d'actes intéressés ou de spéculations intellectuelles.


Au niveau du service de dévotion pur, le bhakta sert Dieu, la Personne Suprême, par simple sens du devoir, sans le moindre motif personnel et sans qu'aucune condition matérielle ne puisse entraver son service. C'est là ce qu'on appelle le niveau du shuddha-sattva, ou vâsudeva, celui-là même où Krishna, la Personne Suprême, Se révèle dans le coeur du bhakta. Srila Jîva Gosvami l'a trés bien dévrit dans son Bhagavat-sandarbha. Il y explique que le mot aṣṭottara (108) est ajouté au nom du maître spirituel afin d'indiquer qu'il se trouve établi dans le shuddha-sattva, au niveau spirituel et absolu dit vâsudeva. Ce dernier mot a également d'autres sens. Il sert, par exemple, à désigner celui qui est omniprésent; le soleil est aussi appelé vâsudeva-śabditam. Le mot vâsudeva peut donc avoir diverses significations, mais quelque soit le sens dans lequel on l'utilise, Vâsudeva désigne toujours Dieu, la Personne Suprême, que ce soit sous Son aspect omniprésent ou Son aspect "localisé". La Bhagavad-gita enseigne également : vāsudevaḥ sarvam iti: la véritable réalisation spirituelle est celle qui donne de connaître Vâsudeva, le Seigneur Suprême, et de s'abandonner à Lui (BG 7.19) . Le niveau vâsudeva est celui où Se révèle Vâsudeva, la Personne Suprême, et on l'atteint lorsqu'on s'affranchit de la souillure matérielle, et qu'on s'établit dans la pure conscience de Krishna. Cet état est appelé kaivalya, ce qui signifie "pure conscience". Jñānaṁ sāttvikaṁ kaivalyam : celui qui se trouve établi dans le pur savoir spirituel accède ainsi au kaivalya. En conséquence, vâsudeva contient également le sens de kaivalya, mot généralement utilisé par les impersonnalistes. Le kaivalya impersonnel ne correspond pas au stade utlime de la réalisation spirituelle, qui réside plutôt dans le kaivalya propre à la Conscience de Krishna, où l'on réalise Dieu, la Personne Suprême. Celui qui, en état de pureté, écoute, chante et se rappelle les gloires du Seigneur, apprend la science de Krishna, et parvient ainsi à connaître la Personne Suprême. Toutes ces activités s'accomplissent sous l'influence de l'énergie interne du Seigneur.
  


Ce verset qualifie également d'apāvṛtaḥ -libre de tout voile- l'action de la puissance interne. Dieu, Son Nom, Sa Forme, Ses Qualités, etc...sont tous de nature spirituelle et transcendent donc la nature matérielle; par suite, il est impossible, par le biais de sens matériels, de comprendre une seule de ces manifestations transcendantales. Mais lorsque, par la pratique du service de dévotion pur ( (hṛṣikeṇa hṛṣikeśa-sevanaṁ bhaktir ucyate
[ Cc. Madhya 19.170 ]), les sens retrouvent leur pureté originelle, ils peuvent voir Krishna sans que rien ne Le voile. Mais alors se pose la question suivante: puisqu'en réalité le bhakta possède toujours le même corps, comment peut-il voir Krishna avec ses yeux matériels, même purifiés par le service de dévotion? S'appuyant sur un exemple, Sri Chaitanya explique que le service de dévotion nettoie le miroir du mental (Siksastakam 1) . De même qu'un miroir propre nous renvoie distinctement notre image, il suffit de purifier le miroir du mental pour avoir une conception claire de Dieu, la Personne Suprême. La Bhagavad-gita enseigne, abhyāsa-yoga-yuktena (BG 8.8) : si l'homme s'acquitte de ses devoirs dévotionnels, c'est-à-dire s'il écoute et chante continuellement les gloires de Dieu, sans laisser son mental dévier de ces pratiques, cetasā nānya-gāminā, ,
il peut réaliser Dieu, la Personne Suprême. Autrement dit, Sri Chaitanya atteste que le bhakti-yoga, commençant par l'écoute et le chant des gloires de Dieu, permet de purifier le coeur et le mental, et par là, de contempler distinctement le visage de Dieu.


Siva expliqua que sans cesse, il rendait son hommage à cette Absolue Personne Divine puisqu'il portait toujours en son coeur la conception de Vâsudeva, Dieu, et qu'ainsi le Seigneur Suprême le bénissait de Sa présence. En d'autres termes, Siva baigne dans une extase continuelle, ou samâdhi. Ce samâdhi ne dépend pas de la volonté du bhakta, mais répond à celle de Vâdudeva, car toute l'énergie interne de Dieu agit sous Son ordre. Bien entendu, l'énergie matérielle agit également sous Sa direction, mais c'est spécifiquement par l'intermédiaire de l'énergie spirituelle que s'exprime Sa volonté directe. Ainsi, c'est par le truchement de Son énergie spirituelle qu'Il Se révèle. La Bhagavad-gita déclare: sambhavāmy ātma-māyayā (BG 4.6 bas de page) , et les mots ātma-māyayā se traduisent par "puissance interne". C'est donc par l'intermédiaire de Sa puissance interne qu'Il Se révèle, et ce, de Son plein gré, lorsque le bhakta a su Lui plaire par son service d'amour absolu. Jamais un bhakta ne sommera le Seigneur de Lui apparaître ou de venir danser devant lui, car il ne lui appartient pas d'agir de la sorte. Il existe nombre de soi-disant bhaktas qui exigent du Seigneur qu'Il vienne danser sous leurs yeux; mais le Seigneur n'est sous les ordres de personne. Au contraire, Il ne Se révèlera que lorsque Son dévot L'aura comblé par ses actes de pure dévotion. D'où l'importance, dans ce verset, du mot adhoksaja, puiqu'il indique que nous efforts en vue de réaliser Dieu, la Personne Suprême, par l'entremise de nos sens matériels ou de la spéculation intellectuelle sont voués à l'échec. Toutefois, celui qui en a le désir peut mettre fin aux activités matérielles de ses sens, et le Seigneur, Lui, en manifestant Son énergie spirituelle, peut alors Se révéler à Son pur dévot. Celui-ci n'a désormais qu'un seul devoir: Lui rendre son humble hommage. C'est sous Sa Forme spirituelle que la Vérité Absolue Se révèle à Son dévot. Vâsudeva, le Seigneur, n'est pas sans forme, puisque ce verset mentionne que dès que le Seigneur Se révèle, le bhakta Lui rend son hommage. Or, un hommage ne s'adresse qu'à une personne, et non à quelque chose d'impersonnel. On ne doit donc pas souscrire à l'interprétation Māyāvāda, selon laquelle Vâsudeva serait impersonnel. La Bhagavad-gita enseigne la voie de l'abandon, ou prapadyate; or, c'est à une personne que l'on s'abandonne, et non pas à un absolu impersonnel. La notion même d'abandon ou d'adoration implique nécessairement qu'il existe un objet de cet abandon ou de cette adoration.

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